La genèse de Awake In
Sleep est intéressante pour se lancer dans la compréhension de ce premier EP éponyme. Une bande de potes amateurs du même type de musique décide de faire un bœuf un jour et devient ce projet, accouchant de ces quatre titres qui lorgnent vers le Postcore première période (celui d'
Isis) et empruntent à plusieurs pans du mouvement qui en a découlé. On approche donc ce premier jet avec une certaine curiosité « amusée » il faut dire, et une certaine méfiance, qui laisse vite place à un intérêt.
Cet EP éponyme de Awake In
Sleep se laisse approcher assez aisément déjà, malgré la longueur de chacun des morceaux, tous résolument progressifs. Les mélodies sont claires, le rythme souvent simple, on est dans un Postcore première période, très proche de
Isis, trop parfois, certaines idées rappelant énormément la formation défunte de Aaron Turner (le chant clair sur « A Place To Die »). Aussi les riffs sont aussi souvent apparentés aux américains, ce côté très Rock est mis en avant par la formation nantaise, qui ne renie pas non plus ses influences Post-Rock, avec les petites guitares qui viennent aiguiser une musique qui serait sans cela trop rugueuse et sans vie.
On voit que le groupe est jeune cependant car des plans se répètent un brin trop souvent, sans grand impact sur l'auditeur, et l'évolution même de certains titres va un peu dans le flou, faisant intervenir des envolées mélodiques très peu efficaces (celle de « A Place To Die » encore). Erreur de jeunesse bien sûr à laquelle vient s'ajouter un manque de personnalité clair et net, la musique sentant le
Isis, jusque dans le chant, qui bien qu'en harmonie avec l'ensemble, est aussi trop proche de celui des pionniers. Contre ces défauts viennent cependant s'ajouter plusieurs qualités qui font espérer un avenir assez intéressant pour le groupe. « Cold Waves » par exemple, dans son ambiance Shoegaze/Trip-Hop (léger) possède des couleurs qui flattent l’œil, l'ambiance venant se greffer sans mal dans notre esprit. Ces idées plus personnelles revitalisent l'EP, qui décolle vraiment après ce deuxième morceau. Notons par exemple la longue plage atmosphérique au cœur de « A Shrine For The Sleepless », qui rappelle les expérimentations sonores de Dirge mais qui découle un peu trop mal de ce qui se déroulait avant cependant.
C'est dans ces arrangements que Awake In
Sleep peut décoller. Il peut profiter du fait que peu de groupes en France sont prêts à se lancer dans ce type de musique, dont on pense avoir clarifié l'intérêt. Les idées mélodiques sont là, gâchées par des riffs souvent sans saveur ; Awake In
Sleep fait voyager dans ses parties instrumentales surtout, et même si la lourdeur Sludgy des guitares de « Flowing Seasons » nous parle (pensez à Pelican, époque Australasia), on est plongés plus encore dans la musique des nantais lorsque déborde leur volonté de faire dans l'excentrique, à travers des phases expérimentales qui mélangent les genres (« Cold Waves ») de manière encore trop hésitante malheureusement. Ce premier EP est donc une réussite partielle, qui laisse entrevoir des qualités et des horizons que le groupe saura, je l'espère, entrevoir.