Seul, dans le noir...
De nos jours, alors qu’il suffit de lâcher quelques perlouzes dans une casserole, d’enregistrer le tout, et de légitimer la chose en invoquant à tout bout de champ le nom du Sacro-saint «Art» (et ce constat est à peine exagéré), les formations étiquetées comme avant-gardistes, expérimentales ou post-machin suscitent à la fois curiosité et effroi chez la pluparts des amateurs de musique, qu’elle soit considérée comme extrême ou pas.
Mais qu’en est-il de ce «Paysage.Octobre» ?
Il convient en premier lieu de présenter plus clairement ce projet.
Echancrure est un one-man band, basé en région parisienne, et versant dans un Dark Ambiant expérimental que A. seul maître à bord de cette sinistre embarcation, qualifie de Post-Black Metal.
Après un split, en 2009, avec les espagnols d’Atrabilis, et versant dans un Black Metal certes plus classique, mais empreint d’une noirceur que ne renieraient pas certains des membres les plus éminents de la scène « dépressive » underground, A. revient en 2011 avec une nouvelle orientation musicale, et sort son premier effort en solo.
Construite autour de sonorités électroniques et d’éléments plus classiques comme le piano et le violon (la plupart du temps dissonants), et de lourdes nappes de gratte électrique, la musique d’Echancrure se veut opaque, imperméable, et l’absence de chant sur la quasi-totalité de l’œuvre n’aidera pas à apporter quelques éclaircissements sur le propos de l’album.
Autant ne pas y aller par quatre chemins, «Paysage.Octobre» est un disque atypique, qui ne plaira qu’à une frange d’extrémistes auditifs qui ne craignent pas de se laisser vagabonder au gré de sonorités biscornues et franchement malsaines, et a plus des allures de bad trip aux relents d’Absinthe et de Laudanum qu’autre chose...
Obscures et maladives, provoquant tour à tour des sentiments d’étouffement et de claustrophobie, les pistes de l’album, simplement numérotées de «I» à «VIII», doivent toutefois être appréhendées comme une seule pièce musicale de 34 minutes (on en profitera au passage pour pester contre le découpage des dites pistes, pour le moins anecdotique), et ne peuvent être écoutées dans le désordre, sous peine de se retrouver avec un disque totalement décousu.
On note de nombreux éléments venant renforcer le malaise latent de «Paysage.Octobre», notamment certaines mélodies enfantines («II» et «VIII») qui tranchent avec la musique proposée par A., ainsi que quelques extraits audio (sûrement tirés d’émissions de radio) intégrés aux pistes («III»), la plupart du temps inintelligibles, mais proprement inquiétants.
On retrouve aussi quelques réminiscences de la période Black Metal du groupe, principalement sur «VII», sur lequel A. exploite le chant hurlé propre au genre.
Malgré les qualités intrinsèques de «Paysage.Octobre», qui réussit à provoquer une sensation de malaise, pour ne pas dire de mal-être, chez l’auditeur, celui-ci ne trouvera son public que dans les recoins les plus sombres et marécageux de la scène extrême, la faute à un propos trop nébuleux pour être apprécié par tout le monde.
Quoi qu’il en soit, l’album vaut largement le détour pour celles et ceux qui auront les tripes d’aller jusqu’au bout. Les autres passeront leur chemin sans aucun regret, et probablement dans l’indifférence la plus totale.
Avis aux amateurs.