Si
Lo ! Était affilié au mouvement auquel son nom renvoie malencontreusement (Lutte Ouvrière. Sic.) il y aurait certainement des têtes de patrons alignés un peu partout devant la scène. Quand on jette un œil à toute la critique entourant le jeune groupe australien on se dit qu'on tient là un rouleau-compresseur façon
Converge dans sa jeunesse et qu'on va se prendre une sacrée claque avec ce premier album,
Look And Behold, avec sa pochette sous forme de gravure qui rappelle un peu le dernier
Cult Of Luna, le mysticisme en moins, les cojones en plus.
Le ton général de ce premier jet n'est de toute manière pas dans la contemplation passive. Avec
Lo !, on nage dans un Hardcore nouvelle génération, inspiré de
Breach et fourré au riff Sludgy et Rock'n'roll histoire de faire bouger le dance-floor. « Deluge (Carnivorous Flux) » rappelle d'ailleurs beaucoup les suédois par ses guitares hachées et ses harmonisations sympathiques même si largement moins inventives que les maîtres. On retrouvera d'ailleurs souvent les influences de
Lo ! dans ce premier album et de manière parfois trop brutale, le groupe ayant certainement encore un bout de chemin à parcourir avant de digérer ses références (« Moira Kindle » bien qu'excellente, rappelle les délires de
Converge et certains accords renvoient à
Cult Of Luna). Cela ne l'empêche cependant pas de se démarquer en multipliant les tournures groovy malheureusement mêlée à des parties Hardcore moshpit un peu plate comme dans « Aye, Commodore » par exemple.
Aussi dans ses rares moments de folie
Lo ! ne propose rien de bien neuf et lorsqu'une pointe d'excentricité ramène le bout de son nez elle laisse vite place au ténor de la cour : le riff convenu et taillé pour le live, peu intéressant en studio. Les morceaux qui se démarquent véritablement de
Look And Behold sont alors ceux dont certaines parties rappellent des groupes références, bien que
Lo ! apporte un petit quelque chose, une ligne directrice carré en plus peut-être (« Fire At The Child Actors Guild » digère bien tout cela pour en faire une sauce perso). Attention, je ne dis pas que les gars plagient sur tous leurs morceaux, mais bien qu'ils ont du mal à se défaire de monstres sacrés en cherchant à apporter des ambiances qu'ils souhaiteraient propres à leur univers. Et en ce sens, il suffit de prendre l'un des meilleurs morceaux de l'album, « Hued Tarantula », à l'intro typiquement Breachienne et au couplet qui transpire le
Cult Of Luna (« Indigo Vision » est pire dans la comparaison avec les suédois sur le jeu de batterie notamment), puis légèrement
Amenra mais jamais vraiment
Lo !, de telle façon qu'on se dit « ouah c'était un chouette mix de bons groupes ça » sans vraiment entrer dans ce qui serait la personnalité des australiens, encore balbutiante, et peut-être à situer davantage dans ces riffs écrasants et parfois bien Sludgy qui s'étalent sur de courts morceaux. L'atmosphère expérimentée par la formation australienne est encore trop hasardeuse et certaines interludes comme « Doth » sont presque hors sujet à côté de morceaux comme « Bastion ».
Look And Behold présente des morceaux difficiles à rattacher à une seule entité. Le jugement est sévère mais
Lo ! ne présente pas son univers ici, juste une suite d'influences encore trop mal digérées. L'album est pourtant bon, et s'écoute d'une traite mais des titres comme « Moira Kindle » sont peut-être la voie à prendre pour présenter du neuf car même si des éléments ont été un peu trop pris à l'extérieur, il dispose d'une construction et d'une ambiance bien plus personnelle qu'un « Hued Tarantula », ne serait-ce que pour ses riffs bien accrocheurs sur lesquels le chanteur s'éclate bien plus que d'ordinaire. Bref,
Lo ! est peut-être convaincant dans sa maîtrise musicale, mais pour se démarquer du reste de la scène, au milieu de jeunes valeurs qui éclosent de plus en plus, il va falloir très vite montrer au grand jour sa vision des choses, et pas celle du mutant issu de tout ces mélanges alchimiques.