Le groupe irlandais Sweet
Savage fut l'un de ceux qui traversa la scène NWOBHM durant plusieurs décennies. Concernant cette formation, il faudra ajouter, d'ailleurs, qu'elle ne vécut qu'une réussite assez relative. Cahoté par de nombreux soubresauts, les acteurs créatifs des péripéties de ce groupe se succédèrent donc les uns aux autres (mais comme, après tout, il est de coutume dans nombres d'autres aussi). Le chanteur John "Harv" Harbinson fut l'un des héros qui connurent un des chapitres passé de cette épopée gaélique.
Pourquoi donc évoquer ici cet artiste, ainsi que les ombres de ces temps définitivement révolus? A cela plusieurs raisons. D'abord parce que Stormzone, groupe oghamique qui naquit durant l'année 2005 et dont il est question ici, est l'enfant né des desseins du vocaliste. Et ensuite parce que ce Zero to
Rage, troisième véritable effort de ces celtes, est aussi le résultat de cette descendance musicale évoqué en préambule. L'accouplement de ces deux éléments constitue un des atouts déterminant de ce disque.
Alors qu'il s'agira de décrire l'expression musicale des irlandais au cœur de ce nouvel opus, le terme Heavy Metal, et par extension NWOBHM, viendra donc immédiatement hantés nos esprits. La démarche artistique, nourris de ces seules influences là, aurait pu suffire. Après tout, d'autres se contentent, avec plus ou moins de bonheurs, de vivre dans le souvenir de ces fantômes là. Stormzone ne va pourtant pas s'en contenter. Et à ses aspirations passéistes, il va adjoindre un sens aigu de la mélodie puisé au cœur d'un Hard Rock moins âpre. Ravissant ainsi son auditoire par une audace créative intéressante.
Mais la volonté, aussi audacieuse fusses-t-elle, n'est pas loi. Et seul le résultat est crucial en matière d'art. Sans entretenir vainement un suspense insoutenable, disons donc immédiatement que la conjugaison de ces deux univers nous offre un amalgame est assez réussi. En effet, parfois subrepticement égaré dans les chemins tracés par
Iron Maiden, et plus souvent encore perdu dans ceux écrit par
Hammerfall, l'expression artistique de Stormzone, en une union de passages incisifs, tranchants et efficaces, propre aux musiques énergiques prônées par
Judas Priest et consorts, agrémentés de refrains empruntés et d'une musicalité harmonieuse et travaillée qui, quant à elle, est davantage caractéristique de ces mouvances plus radiophonique, nous séduit assez naturellement. Sans jamais user d'effets exagérément excessifs, ces musiciens s'évertuent, de surcroit, à défendre une simplicité assez appréciable.
Loin de ces débauches rythmiques irréfléchies à la promptitude systématique, et fort de toutes les vertus déjà évoquées, Stormzone s'épanouis donc parfaitement en des contrés essentiellement mid tempo ou son Heavy mélodique excelle. Tant et si bien que des titres tels que les remarquables Where we Belong, dont certains airs nous évoquent instantanément The Wicker Man de
Bruce Dickinson et de ses complices (Brave New World (2000)), Fear Hotel, Hail to Brave, Empire of Fear, Monsters, Voice Inside my Head à la trame musicale, peut-être, un peu trop harmonieuse, ou encore, par exemple, Cuchulainn's Story, démontre assez justement, en un équilibre rarement trompés, l'efficacité de cette union.
Stormzone n'est donc ni
Judas Priest, ni
Iron Maiden, ni
Hammerfall, ni Sweet
Savage. Il s'est néanmoins nourris de toutes ces influences là, pour nous offrir une œuvre attachante.