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Chronique de Résilience

Smohalla  - Résilience (Album)

Assurance



Ce n'est pas être chauvin que de dire que la France est le pays dont le terreau est le plus fertile actuellement, c'est dire la vérité. Bon d'accord, c'est un brin provoc' mais que dire d'autre face à tant de formations audacieuses, à tant de découvertes à la seconde ? A peine s'est-on remis d'une obscure entité paumée au fin fond d'un village de campagne qu'une autre vient nous sauter à la gorge. On parle des fers de lance à foison certes, et ils le méritent, mais une pléthore de jeunes arrivent derrière, peut-être portée par cet esprit nouveau qui agite l'Hexagone, porteur d'une nouvelle scène Black Metal de talent, qui ne s'impose aucune limite.

Dans le cas de Smohalla, c'était déjà un pari gagné que de miser sur leur avenir. L'EP Nova Persei dédié à Lovecraft était une jolie mouture qui laissait déjà entrevoir une maturité, éclatante sur ce premier album Resilience, au parfum délicieux des promesses tenues. Successeur d'un Arcturus, Ved Buens Ende et autres Ulver et Borknagar, le groupe originaire de Normandie – un signe ? - brouille les cartes, est habitué des bals masqués où il change régulièrement d'identité, il n'a pas de nom, il est bohème, le rêve l'habite. Mélange d'orchestrations discrètes Ambient, d'un Black Metal relativement planant et d'un Electro maléfique, Smohalla est une véritable hydre qui maîtrise tout son corps. L'ambiance diffusée sur ce Resilience est incroyable, oscillant entre une danse d'esprits perdus dans leurs songes sur la très expérimentale « Oracle Rouge » où prédomine le chant clair et une espèce de cabaret de l'enfer dépeint sur une surprenante « Nos Sages Divisent » aux chœurs féminins qui dénotent avec les mélodies circus et les lignes de clavier dignes d'une petite comptine.

Smohalla n'a pas de frontières et use de tous les artifices pour nous entraîner dans son pays nébuleux. Souvent très mid-tempo, la musique des français s'autorise des écarts de rythme bien sûr, le long de morceaux très progressifs aux vertus évasives claires. L'impression d'assister à un spectacle irréel est totale, la sensation de vivre des images qui défilent, aveuglante, le théâtre des vampires de « Entretien avec un vampire », la rapidité d'exécution du final hallucinant de Mulholland Drive de Lynch, les soirées libertines nimbées de mystère du Eyes Wide Shut de Kubrick : tout y passe dans cet album fantasque, empli de magie, aux mélodies faussement dansantes, sorte de Pensées Nocturnes en plus rêveur, qui sans cesse s'élève vers son dieu avant de retomber dans la déchéance la plus totale (superbe « Au Sol Les Toges Vides »), se fait pèlerin pénitent vers le puits de ses rêves oubliés (l'atmosphérique « Marche Silencieuse » peu efficace cependant) et succombe à des songes cauchemardesques fournis en tourment,conséquence du Black plus violent de « L'homme et la brume ». Smohalla est un Virgile guidant le mortel Dante que nous sommes dans les profondeurs et hauteurs inconnues de l'Homme ; un simple mot de sa bouche est poésie, un geste de sa main est mélopée angélique, un froncement de sourcils et il aspire tout espoir.

Alors oui on tient là un futur grand de la scène car Resilience est superbe. Smohalla a su y mettre son art fait de tous ces mélanges pour un résultat avant-gardiste, que l'on qualifierait de Post-Black pour les rapprocher d'une vague contemporaine déjà riche en talents. Il y a des ombres au tableau certes, des mélodies qui ne fonctionnent pas, un essoufflement de ce rythme monotone, un « Aux Mille Dieux » très faible et parfois trop de chant clair en dépit de cris et de parties plus ténébreuses qui ne sont pas assez approfondies. Mais l'album embarque l'auditeur, même s'il demande un temps d'adaptation et que le style pratiqué par Smohalla rencontrera des détracteurs, les mêmes qu'un Arcturus certainement. Reste que pour ce premier long format, les français font dans le grand, et soyez sûrs qu'ils sont capables de toucher du doigt le sublime.

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par Prométhée, le 6 décembre 2011
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Résilience - Infos

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Infos de Résilience

Sortie : octobre 2011
Genre : Black Metal
Label : Arx Productions
Playlist :
1. Quasar (03:31)
2. Au sol les toges vides (07:38)culte !culte !
3. Le repos du Lézard (05:10)
4. Oracle rouge (04:27)à écouter en premier
5. Marche silencieuse (05:13)
6. L'homme et la Brume (06:50)à écouter en premier
7. Aux mille Dieux (05:53)
8. Nos sages divisent (06:45)à écouter en premier
écouter : Ecouter l'album



Smohalla


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