Statu Quo, en latin, signifie état actuel des choses. Une expression qui convient à merveille pour appréhender ce disque sorti en 1986, soit le moyen âge du hard rock. Et en l'état actuel des choses, on peut se permettre de ne pas être tendre avec ce skeud qui pue l'argent facile, le retournement de veste et limite le foutage de gueule. C'est beau le recul.
On peut trouver des excuses à
Status Quo, évoluer avec un nouveau line-up ne doit pas être chose évidente après plus de vingt ans à côtoyer les mêmes membres. Les habitudes ne sont pas les mêmes. C'est comme si vous portiez des chaussettes en dormant depuis plus de vingt ans et que subitement, vous ne le faîtes plus. Il manque un truc, on le sait, on ne dort pas aussi bien. L'inverse fonctionne aussi. Il y a un truc en plus, on le sait, ça démange et on ne dort pas si bien. Ben Status Quo, c'est pareil : il y a deux membres d'origine en moins, ils ont été remplacés et ce n'est franchement pas la même chose.
Même si
Back To Back (1983) nous mettait déjà sur la voie d'une nouvelle orientation plus commerciale, le Quo, dans l'inconscient collectif du rocker (pas que hard), c'est un boogie woogie furieux et déjanté, dont le seul but est de faire bouger du popotin dans les chaumières. Ok, il y a eu des albums comme
Rockin' All Over The World qui montraient une volonté d'être plus accessible, avec un son plus (trop) clean. Mais voilà, le groupe gardait cette volonté de proposer des refrains entraînants et qui, oui, faisaient sacrément bien bouger les popotins dans les chaumières ! Mais voilà, avec ce In The Army Now, Status Quo veut toujours faire bouger du popotin, mais sur les pistes de danse des discothèques. Et là, tout de suite, c'est nettement moins sympa et l'album est ultra-calibré, ultra-léger et ultra-difficile à digérer, même avec une boîte pleine de pastilles Rennie.
On reconnait bien un style de composition, avec ces guitares qui au début tentent encore d'être boogie, mais avec un son tellement propre et tellement de claviers qu'on obtient une espèce de musique hybride, entre le boogie et la pop la plus commerciale qui soit, un mélange qui ne fait pas bon ménage. Les refrains arrivent, choeurs inoffensifs car passe-partout, souvent gâchés par des cuivres hélas prévisibles et écoeurants. Quand le groupe tient un riff exploitable, il s'arrange pour en perdre tout l'effet par des interventions au clavier lourdingues et par un refrain sans force (
Red Sky,
Overdose...). Bizarrement, la seule chanson à sauver est le morceau-titre. Quitte à faire de la pop, autant le faire bien et c'est le cas ici. Ce n'est pas un hasard non plus si, de toute la faconde production du Quo, seul
In The Army Now passe fréquemment sur les ondes. Ballade musclée ou pop travaillée, à vous de juger. Enfin si vous voulez un bon disque de pop rock, choisissez plutôt
So de
Peter Gabriel, sorti la même année.
In The Army Now vaut certainement plus que la note infligée, mais en l'état des choses, au vue d'une carrière qui, jusque là était ponctuée de haut et de bas, semblait plus honnête, la sanction tombe tel le couperet de la guillotine. Les fans le prendront peut-être ou investiront dans l'une des nombreuses compilations du groupe. Les autres peuvent l'ignorer superbement et s'intéresser à des album comme
Hello !,
Quo ou
Blue For You. Sans problème.