Le nom d'
Ivan Mihaljevic ne vous dit certainement rien. Ce jeune guitariste de 22 ans vient de Croatie où il joue habituellement avec le groupe
Hard Time. Là, il a voulu faire une petite escapade en solo et propose ce premier album appelé à en amener d'autres.
Quand on jette un rapide coup d'oeil à la pochette délicate de ce disque, on peut songer à une variation de celle du
Ritchie Blackmore's Rainbow, moins égocentrique, la guitare ostentatoire en moins. Ce château, le fond nuageux, du coup mettent l'eau à la bouche et on met le disque sur la platine avec un mélange d'excitation et de crainte. Et effectivement, le morceau-titre qui ouvre le feu a bien des aspects blackmoriens, un sens de la mélodie particulier, associé à une certaine rudesse. Un instrumental élégant et qui donne d'entrée de jeu une très bonne impression. Mais combien de groupes ou d'artistes réussissent leur entame pour se perdre totalement par la suite ?
Ici, ce n'est pas le cas. Même si, sur quatorze morceaux, on en trouve des dispensables, il faut convenir que le jeune Ivan maîtrise son instrument. Il le prouve tout du long, avec de très bon soli, des parties rythmiques qui tiennent bien la route. Partagé entre morceaux à l'approche heavy et des ballades plutôt intimiste, le guitariste propose un album varié et relativement sobre. Evidemment, on retrouve l'influence néoclassique et on peut soupirer sur le fait que ce soit encore une fois le Printemps (
Spring) de Vivaldi qui soit représenté. Mais la relecture est intéressante à défaut d'être original, avec une section rythmique imposante. Bref, pas une adaptation à la
Yngwie J. Malmsteen qui a tendance à en rajouter des tonnes. C'est efficace, c'est agréable. Puis Ivan a également un joli brin de voix, qu'il exploite sans agressivité, un chant agréable et mélodique qui sied à merveille aux style pratiqué.
Et pourtant, il y a aussi des compositions étranges, qu'on ne sait comment aborder.
Hi-tech Orient, par exemple, est vraiment déstabilisante. Imaginez un air techno agaçant, qui prend l'auditeur à contre-pied après le mélodique
Questions In My Mind (Part I), sur lequel vient se greffer une guitare incisive aux influences orientales (encore un point commun avec
Ritchie Blackmore). Intrigant, étrange, pas forcément réussi (avec une base plus électro, violemment technoïde, le résultat aurait peut-être été plus intéressant, il y avait du potentiel).
De nos jours, un tel album peut paraitre désuet. Pas franchement dans l'air du temps, trop typé metal mélodique pour intéresser une large frange du public. Après tout, sauf pour les amateurs du style, ce disque risque fort de passer complètement inaperçu. C'est dommage : malgré quelques erreurs ou autres titres parfois un peu creux, on tient là un bon album, qui se serait largement imposé si le musicien venait des Etats-Unis ou s'il était sorti bien plus tôt, beaucoup plus tôt. Mais ne boudons pas notre plaisir car comme le chantait si bien Jean Jacques Goldman : quand la musique est bonne, bonne, bonne !
ps : un grand merci à Paola (
Elethaj) !