Run For Cover aura très bien fonctionné en Grande Bretagne, notamment grâce au single
Out In The Fields en compagnie de
Phil Lynott. Malgré de menus défauts, ce disque est donc important car l'ombrageux Irlandais sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur. L'histoire ne dit pas si la disparition de son ami métis le 4 janvier 1986 l'influencera dans son écriture,
Gary Moore n'étant pas vraiment du genre expansif dans ses sentiments. Mais une chose est certaine, c'est qu'il s'agit de l'album rock le plus folk de l'ancien
Thin Lizzy.
Moore s'écarte donc du son plus enjoué, limite FM, abordé sur Run For Cover. On en retrouve des traces sur le sympathique
Take A Little Time,mais ce n'est plus le discours du balafré. Malgré une boîte à rythme au rendu moyen (dans les années 80, les beats obtenus sonnent de façon trop synthétique), l'album est terriblement organique et chaleureux, tout en dégageant une certaine mélancolie. Cet opus démarre sur le célèbre
Over The Hills And Far Away, que l'on retrouve dans une version plus longue un peu plus loin, chanson folk et touchante au possible avec ses accents irlandais menée par une guitare de feu.
Nightwish reprendra plus tard cette composition avec le succès que l'on sait, mais sans ce surcroit d'âme et, malgré la voix de Gary Moore, ce lyrisme authentique. Certainement l'une de ses plus belles chansons.
Moins sautillant, plus grave à sa manière, on arrive tout de même à des moments de pure adrénaline, comme
Friday On My Mind, reprise des
Easybeats, groupe de
George Young, futur producteur et frère des Young' brothers (
AC/DC), ou encore l'incisif et presque heavy metal
Thunder Rising. Gary Moore sait toujours s'exprimer de plusieurs façons, avec un toucher unique et une gouaille un brin arrogante, tout ce qui fait son charme.
De nombreuses ballades émaillent ce disque, du slow langoureux (
Crying In The Shadows) à l'hommage vibrant d'émotion,
Johnny Boy, aux accents irlandais, dédié à Phil Lynott, meilleur ennemi de Gary Moore. Jamais niaises, typiques des années 80, certaines de ces ballades peuvent malgré tout sonner bien ringardes de nos jours.
Alors oui, Wild Frontier est un bien beau disque, mais il commence néanmoins à être daté. Du coup, cela risque de ne pas plaire à tout le monde, mais ce serait dommage de passer à côté de cette oeuvre, la plus originale et certainement la meilleure de la période rock du balafré. Ne serait-ce que pour le premier titre qui lui, reste intemporel.