Herrschaft, dans la langue de Boris Becker, peut exprimer la souveraineté ou le maître, dans le langage des serviteurs. N'applaudissez pas, ce souvenir scolaire provient en fait de la toile. Mais mine de rien, ce double sens s'emploie parfaitement pour ce groupe de la région parisienne.
Développant un concept futuriste mettant en avant un monde magnifique et anéanti, le groupe dépeint une terre en proie au chaos, ruiné par les hommes et leur soif de technologie. Somme toute de l'anticipation quand on entend partout que les ressources naturelles s'amenuisent et que l'humain se retrouverait comme un con devant son pc en attendant que l'électricité veuille bien redonner vie à la machine.
HerrSchaft, c'est un peu comme un
Kovenant qui n'aurait pas perdu son âme en misant sur les machines. Acteur d'une scène française en pleine mutation, les musiciens évoluent dans un terrain qui pourrait sembler balisé par
CNK, mais ils vont bien plus loin. S'inspirant aussi bien de dark electro que de metal, les Parisiens proposent une musique puissante. Synthétique et organique à la fois, HerrSchaft développe son style, déjà mâture, avec une froideur à l'image des bleus de la pochette. Ambiance glaciale d'autant plus marqué que les vocaux sont typés black metal, un chant ultra saturé et aigu du meilleur effet. Les samples sont également très importants, du soutien mélodique comme sur
Valliant à l'argument de poids comme sur le très dansant et excellent
Human Soul.
Le groupe a l'intelligence de ne pas tourner en rond en proposant toujours le même type de morceaux. On peut être surpris par la violence limite punk d'un
The Defenders, s'étonner du calme de
Nemesis ou vibrer face aux aspects symphoniques d'un
I Am The One. On s'attardera également sur les tentatives de chant clair sur
Apocalypse Chil, coup d'essai mais pas de maître, les constructions des longs morceaux comme
Vortex qui évitent toute linéarité inhérente à ce style. On n'oubliera pas non plus de s'attarder sur le morceau titre, sur lequel on retrouve
Sarah de
The Outburst au chant pour un rendu étrange, proche de la musique gothique. En fait, il est impossible de s'ennuyer en écoutant ce disque. Bien pensé, développant un climat étouffant, claustrophobique par moments, cet album est résolument moderne et riche. Là où un groupe comme
Pain joue sur l'expérience et sort un
Cynic Paradise en définitive sans surprise, HerrSchaft parvient, sur ce premier LP, à developper à la fois un son et un concept bien à lui.
C'est sombre, chaotique, cela sort des sentiers battus et mine de rien, ça fait du bien. Original, très electro dans sa démarche, Herrschaft s'impose d'emblée dans un style où chaque erreur de goût se paye cash. Par son chant atypique dans le genre, par une prise de risque somme toute superficielle tant la diversité devient ici un avantage. On saluera également le flair du label italien Code 666 qui n'a pas (trop) hésité à signer un groupe qui jusqu'alors n'avait qu'un EP à son actif.
N'accumulant pas les clichés du genre, HerrSchaft se démarque de la concurrence et montre un visage séduisant pour un groupe aussi jeune. Malgré quelques petites longueurs ou un riff de guitare redondant ça et là, ce Tesla est un bien bel album et une question se pose, sèche comme un coup de trique : les membres du groupe arriveront-ils à faire aussi bien dans le futur ? En tout cas, l'une des belles surprises de 2008.