Les groupes russes qui parviennent à s'exporter en Europe, ça ne court pas les rues. Fort heureusement, quelques noms parviennent à se faire une place de choix (
Arkona bien sûr, mais également Kauan, que certains auront peut-être découvert dans nos colonnes), prouvant s'il le fallait que la scène Metal s'affranchit de toutes frontières.
Nouveau représentant du Black Symphonique de ce grand pays, Artania propose cette année son premier effort, Ночь оденет тебе свой венец, que l'on peut traduire Night shall Crown Ye, via le label Grailight Productions. Le programme est clair: près de quarante minutes d'un Black Sympho glacial, porté par des chants russes.
Après une courte introduction sur les sons d'une sirène d'alarme, l'opus se lance avec "Алхимический Сон (Демоническая Мантра)". D'entrée de jeu, les guitares déboulent, aussitôt appuyées par un clavier très présent. La première impression n'est pas forcément des plus réjouissantes: les nappes de claviers semblent trop mises en avant, à un tel point que le reste se retrouve noyé... Heureusement pour l'auditeur, cette sensation s'estompe rapidement avec la suite de l'album.
Ainsi, le mix se recentre un peu plus sur les grattes et les chants ("Туманы Ведьминской Пустоши", "Тайны Ордена Приората Сиона", qui possède d'ailleurs l'un des riffs les plus accrocheurs de l'opus), pour un rendu plus puissant et surtout moins kitsh. Ouf!
Musicalement, Artania rend hommage aux vieux travaux de
Cradle of Filth, en ajoutant la petite pointe extrême d'un Carach Angren, en moins grandiloquent cependant. Ceci étant, la troupe n'hésite pas à marier chant hurlé masculin et féminin, comme en témoigne le bon "Ночь Оденет Тебе Свой Венец". Dans les deux palettes vocales, soulignons l'audace de l'emploi du chant russe, qui se démarque pour apporter un soupçon d'originalité bienvenu.
Sans faiblir, Artania nous balance sa vision du Black Sympho, bien marquée il est vrai par l'empreinte indélébile des ténors du style. Même si la production manque cruellement de pêche (c'est bien trop inégal...), les russes ne se démontent pas et enchainent les changements de rythmes ("…За Северным Ветром"...), affichant pour l'occasion une profondeur bien pensée, qui rend l'écoute moins monotone. En cela, la démarche est tout à fait louable, il ne manque plus qu'à polir sa musique pour la rendre plus étincelante, plus vivante: c'est à cette condition qu'Artania se démarquera des nombreux prétendants au trône du Black Symphonique...
Le temps de neuf titres, Artania dévoile avec retenue les arcanes de son monde musical. Si les mélodies font partie intégrante de l'identité du groupe ("Сан-Гриньол (Театр Смерти)"), on regrettera que l'album ne prenne pas plus de risques, surtout dans le style proposé... C'est d'autant plus regrettable qu'Artania avait de quoi puiser dans ses origines pour révéler une identité plus marquée...
Quoiqu'il en soit, le combo russe nous a pondu-là un opus sympathique, doté de bonnes idées (le riff de "Tайны Ордена Приората Сиона") qu'il conviendra d'approfondir par la suite pour espérer percer dans le milieu.