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Chroniques :: Chronique de Providence

Chronique de Providence

Immolation  - Providence (EP (Maxi))

Sous les ailes noires de la sinistre providence



Si quelques formations auront amplement mérité leur place aux panthéon du Metal de la Mort, Immolation fera assurément partie des élus du mal, car non content d’avoir fait montre tout au long de sa carrière d’une droiture artistique et idéologique inébranlable et d’avoir contribué à forger la véritable identité du Death Metal, il a aussi su s’attirer le respect et même influencer bon nombre d’artilleurs arpentant les terres infernales du Black Metal. D’une certaine manière, il aura également unifié sans le vouloir ces deux territoires du Mordor au départ faussement antagonistes (n’en déplaise à certains), qui se disputaient fut une époque lointaine le trône du chaos.

En vingt trois ans d’intégrité et de dévotion à la cause du Death Metal le plus intransigeant et le plus sincère, ces New-Yorkais, pourtant restés quelques temps dans l’ombre d’activistes autrement plus plébiscités comme Morbid Angel, Deicide ou encore Cannibal Corpse, sont ainsi parvenus, à force de travail d’inflexibilité et de passion, à devenir l’une des rares institutions symbolisant dignement cet art maudit. Car oui, Immolation est devenu un véritable pilier de l’extrême. Un groupe respecté et adulé par l’immense majorité des amateurs de violence auditive, quelle qu‘en soit d’ailleurs son essence.

C’est donc avec une grande ferveur que nous accueillons cette toute nouvelle offrande, un an après la parution d’un Majesty And Decay qui avait mis tout le monde d’accord. Réjouissons-nous ici doublement car dans son immense sagesse, cet ayatollah des ténèbres a eu la bonté de proposer son EP en téléchargement libre, ce qui est tout à son honneur !
S’il est vrai que le groupe n’a hélas pas échappé à sa propre traversée du désert avec les moyennement inspirés Harnessing Ruins et Shadows In The Light, qui ne brillaient pas du même éclat chaotique que leurs illustres aînés, ce Providence s’impose comme la véritable confirmation d’une santé créative pleinement retrouvée sur l’excellent Majesty And Decay. Un opus qui renouait avec la grandeur ténébreuse et la splendeur architecturale des sombres édifices que sont Close To A World Below et Unholy Cult.

Avec Providence, Immolation assène à nouveau une véritable leçon de suprématie, et ce dès le tonitruant What They Bring; morceau d’une noirceur totalitaire plantant séance tenante ce décor funeste ô combien unique.
On y retrouve cette atmosphère sans nulle autre pareille, couplée à ce sentiment de pureté que très peu de fossoyeurs creusant laborieusement les charniers du Metal de la mort peuvent se targuer de créer. Des critères d’authenticité se situant à des années-lumière de cette surenchère insupportablement jusqu’au-boutiste tellement en vogue de nos jours; loin de ces ridicules borborygmes vulgairement techniques et gratuitement bovins, loin de ce ces élans pathétiquement fun que certains faussaires essaient d’insuffler au genre…
Non, cette musique là n’a rien de fun, non elle n’est pas ici dans le but de servir de terrain de jeu à des gamins s’adonnant à un pédantisme lamentablement démonstratif afin d'épater quelques technophiles incrédules. Il y a d’autres styles; d’autres valeurs pour incarner cela. Le Death Metal doit avant toute chose diffuser un malaise palpable, une peur suffocante et létale, un sublime sentiment de malveillance...
Et Immolation se pose une fois de plus en ardent défenseur de ce précieux concept. Il sublime cette intensité morbide, ce sadisme presque anti-mélodique et cette perversion harmonique poisseuse qui l’ont toujours si magnifiquement caractérisé. Les morceaux sont plus que jamais portés par cette incroyable densité atmosphérique; celle qui rend la musique du groupe si spéciale. Car oui, il est bel et bien question d’atmosphère dans la musique d'Immolation. Une atmosphère à la fois rampante, opaque, empoisonnée...

De What They Bring jusqu’à l’écrasant Swallow The Fear, en passant par le superbement lugubre Illumination (morceau à la perversité absolument irrésistible de par son schéma harmonique répétitif, lancinant et inexorable duquel émane un climat fuligineux et véritablement obsessionnel), le plaisir est total. Le travail sur les guitares est remarquable, et démontre clairement que Robert Vigna demeure un six-cordiste unique en son genre, doué d’un sens du riff aussi époustouflant que singulier, jouant constamment sur la corde raide entre dissonances, phrasés épileptiques, angularités faussement mélodiques et solos malsains hallucinés. Les invectives abyssales de Ross Dolan sont quant à elles toujours aussi impressionnantes, et la batterie virevoltante, impériale de subtilité et de virulence contrôlée de Steve Shalaty donne toujours autant le vertige.

Nous tenons donc au final cinq morceaux d’exception dans le monde impitoyablement sélectif du vrai Death Metal. Cinq titres qui entérinent magistralement le retour du groupe dans les sphères glaciales de l’inspiration perverse auxquelles il a toujours appartenu, malgré un essoufflement significatif sur deux albums. Un maxi ténébreux et souverain, qui déverse une couche de napalm supplémentaire afin d’éradiquer les rares organismes ayant réussi à survivre aux assauts impies de l’offensive précédente. Les fidèles du culte new-yorkais peuvent donc à nouveau pleinement se réjouir, ainsi que remercier humblement cet ambassadeur des Enfers pour son intégrité et la passion qu’il met à l’ouvrage. Un ambassadeur qui depuis plus de deux décennies, fait défiler sous nos yeux ces sublimes fragments de ténèbres dont les feux chaotiques illumineront encore longtemps le royaume des ombres.



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Commentaires


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Belle chronique ! Tu me donnerais presque envie d'écouter du Immolation. S'ils n'ont pas dévié d'un pouce, que dis-je, d'une phalange de l'orthodoxie death métallique ("archéothanatophonique" ?XD) des origines, ça doit en effet valoir le coup de risquer une oreille (ou deux et plus si affinités) dessus. C'est drôle, au début des années 90, Immolation a toujours été considéré comme un groupe de seconde division. Injustice réparée par le temps ?
sam. 12 nov. 11- 08:40  
C'est drôle, au début des années 90, Immolation a toujours été considéré comme un groupe de seconde division. Injustice réparée par le temps ?

Tout à fait. Tu soulèves ici une vérité qui est pourtant loin d'être connue de tous !
Les gens voient aujourd'hui en Immolation une véritable icône du métal extrême. Ils adulent Dawn Of Possession et Here In After, mais très peu savent qu'au début des 90's, ce groupe était littéralement noyé dans la masse, et pire, relégué au rang d'outsider insignifiant. Des journalistes de l'époque comme Phil Pestilence, Louis Bourgade, Manuel Rabasse, Alain Lavanne et j'en passe, le descendaient en flèche et semblaient bien plus intéressés par l'insolente créativité dont faisaient preuve le Black et le Doom à ce moment-là en plein renouveau.
Ce fut l'époque où le Death commença sa longue traversée du désert; l'époque où bon nombre de ses protagonistes tournèrent casaque pour essayer de contrer la déferlante Black/Doom alors en plein essors (Entombed, Morgoth, Pestilence, Hypocrisy et autres Napalm Death...)
C'était tristement amusant : comme subitement éclairés par une prise de conscience collective, ces groupes se mettaient à renier le genre, parlant tout à coup d'ouverture, d'évolution, de maturité, invoquant le besoin d'émancipation artistique, fustigeant la stagnation, etc...
Mais lorsque l'hystérie collective alimentée par les frasques de l'art noir est peu à peu retombée comme un soufflé, des artisans fidèles comme Immolation, Suffocation, Incantation ou encore Dismember et Necrophobic, ont enfin pu bénéficier d'un plébiscite quasi-général.

Au final, l'histoire démontre qu'elle ne récompense que les vrais passionnés. Les personnes les plus loyales et les plus sincères, motivées par l'amour d'un art et non par le mercantilisme et la reconnaissance factice.
Donc pour répondre à ta question, oui, l'injustice est aujourd'hui totalement réparée pour ce groupe admirable.

Merci en tout cas pour ton commentaire.

sam. 12 nov. 11- 10:36  
De rien.
Et merci pour cette réponse très détaillée.

lun. 14 nov. 11- 23:29  


Providence - Infos

Voir la discographie de Immolation
Infos de Providence

Sortie : octobre 2011
Genre : Death Metal
Label : Autoproduction
EP (Maxi)

Playlist :
1. What They Bring
2. Illuminationlisten
3. Still Lost
4. Providence
5. Swallow the Fear
écouter : Ecouter l'album

Immolation

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