Chinatown, c'est un peu le mal-aimé des disques de
Thin Lizzy. Pour certains, c'est parce qu'il se trouve entre deux petites merveilles des Irlandais. Mouais. Je trouve que c'est une excuse qui ne tient pas. Avec le recul, et quand on aime la musique, on peut être capable d'apprécier un disque, même placé entre deux chefs d'oeuvres. Et surtout,
Phil Lynott n'imaginait pas que
Renegade allait être aussi magnifique. Certainement pas.
Ce qui handicape cet album, en revanche, c'est qu'il parait après
Black Rose et ses hymnes lyriques et folkloriques, menés par la guitare de feu de
Gary Moore. Si
Snowy White s'est déjà illustré en tant que guitariste live pour
Pink Floyd, son arrivée chez Thin Lizzy est bien plus difficile à gérer : Lynott a définitivement renoncé à ses rêves de conquête des USA, sa vie de famille bat douloureusement de l'aile et c'est dans une ambiance morose que le groupe enregistre l'album.
Sir ce disque, Thin Lizzy perd effectivement ce qui faisait son charme : compositions épiques et lyriques, poésie de tous les instants, sons d'une Irlande, terre de légendes, qui avait trouvé un rocker pour leur donner une nouvelle jeunesse. L'ensemble est un mélange entre le hard rock simple et efficace du groupe et de passages plus pop, mais sans cette âme celtique. Thin Lizzy perd un peu en intérêt, mais il convient d'admettre que le travail de composition est toujours excellent :
Chinatown,
Killer on The Loose ou encore
Hey You s'imposent bel et bien et se permettent de rivaliser avec d'autres classiques de la carrière de la Fine Lizzy. On apprécie le phrasé si particulier de Phil Lynott, la chaleur des morceaux, leur force tirée de la soul et du blues, avec un discours électrique prononcé.
Mais voilà, le groupe semble également, pour la première fois, céder à une espèce de facilité. Il y a quelques redondances dans les harmonies de guitare, des mélodies sucrées et limite gnangnan. Des petites faiblesses ça et là, des creux dans la ligne créatrice de l'album. On ne s'ennuie pas, mais on ne prend pas le même plaisir que d'habitude. Pas toujours inspiré, Thin Lizzy s'enferme dans une routine quelque peu désabusée. Et pourtant, malgré tout, le groupe arrive à rester intéressant et à se hisser à un niveau supérieur quand Lynott est en forme. Ainsi,
Genocide, qui parle du massacre des bisons et par extension, des Amérindiens, change des textes habituels du genre et musicalement, on se retrouve avec un hard rock efficace tout en conservant une certaine finesse.
En définitive, Chinatown n'est pas un mauvais album. Ce serait injuste de l'affirmer à cause de quelques ratés dans la composition et une absence d'ambition. Thin Lizzy fait un disque de Thin Lizzy. Ceux qui connaissent le groupe savent que ça ne peut être complètement mauvais, pas le genre de la maison. Un bon album de rock, pas prise de tête, agréable à écouter, mais qui n'a pas la stature pour devenir un classique. Ce n'est que partie remise pour Lynott et sa bande.