Bark At The Moon, c'est l'exemple type du disque sauvé par un gros morceau et de petites pépites, évitant ainsi un grave écueil dans une carrière en équilibre précaire.
Quand le père
Ozzy Osbourne sort son premier album solo en 1980, il avait su se montrer séduisant et prouver qu'il pouvait y avoir une nuit après
Black Sabbath. Premier essai donc et coup de maître. Et même si
Diary Of A Madman ne réussi pas le tour de force de faire aussi bien, il demeure un album très intéressant qui confirme le talent du jeune six-cordiste
Randy Rhoads, véritable petit génie de la guitare. Puis un jour de 1982, c'est le drame. Randy se tue dans un accident d'avion stupide. Pour Ozzy, le coup est dur et il s'enferme dans une spirale chaotique, faite de drogue et d'alcool. Une descente aux enfers inéluctable semblait tendre les bras au frontman, mais il parvient à dresser un majeur un peu tremblotant. En colère après que la maison de disque ait publié un live sous son nom composé de titres du Sab', il remet le pied à l'étrier. Si
Bob Daisley repointe le bout de son nez, la batterie est tenue par
Tommy Aldridge et c'est un jeune inconnu qui reprend la guitare,
Jack E Lee. On notera également la présence de
Don Airey au clavier, un pédigrée plus long que mon bras.
Déjà, il y a cette pochette, marquante, qui renvoie cahin caha au Loup Garou de Londres. Ozzy y apparait grimé en lycanthrope et il semble y prendre du plaisir si l'on en croit toutes les photos promo de l'époque. C'est alors impatient que l'on pose la galette sur la platine et là, on se prend le title-track dans la tronche. Un véritable upercut. Agressif, rapide, rythmiquement solide, avec un Ozzy bien possédé derrière le micro. Le genre de titre à s'inscrire immédiatement comme un classique. Si on ferme les yeux, on peut même penser que l'annonce de la mort de Rhoads n'était qu'une sale plaisanterie tant on pourrait croire que ce titre est une chute de studio de
Blizzard Of Ozz. Une composition qui met en confiance.
Mais la suivante,
You're No Different aura un peu plus de mal à convaincre. Espèce de ballade musclée aux nappes de claviers étranges et aujourd'hui complètement dépassées. Cela reste cependant une bonne chanson, avec un refrain bien amené, mais difficile de ne pas grincer des dents face à tout ces synthés. C'est d'ailleurs le gros point noir de cet album. Don Airey ne semble pas guéri de sa passion pour les sons dignes d'un générique d'émission pour Michel Drucker et continue de chercher le son kitsch par excellence... quand ce n'est pas Ozzy qui s'en charge ! Ainsi,
Now You See It (Now You Don't) commence par un morceau de heavy metal somme toute classique avant d'offrir un refrain méchamment pop, dans le plus pur style des années 80,
Quand on regarde les crédits, on constate qu'Osbourne a écrit toutes les compositions, muselant Jack E Lee. Du coup, on ne peut apprécier le talent du guitariste que sur quelques riffs bien amenés et des soli bien exécutés, mais on peut légitimement se demander comment aurait sonner cet album avec un Jack E Lee plus libre, à qui la parole aurait été donnée. Parce que l'on sent qu'Ozzy est fatigué et qu'il ne s'est pas donné à fond, se contentant d'écrire sans chercher à atteindre un standard de qualité. Et c'est bien dommage, parce qu'après une telle entame, le soufflé retombe bien trop vite et à part quelques sursauts, on a du mal à être entièrement satisfait. Un disque en demi-teinte, donc.