Tous les premiers du mois, je pose la liste de groupes et de disques que je souhaite traiter (avec le plus grand respect), une liste qui ne provoque jamais l'enthousiasme des foules au sein de l'équipe. Autant le dire tout de suite, si le lecteur à moins de 16 ans et qu'il se refuse à tout autre style que le black ou le death, voire l'emocore, que les années 70 sonnent forcément ringardes ou tout simplement s'il n'y a pas de curiosité, il sera du même avis que l'équipe et pourra arrêter sa lecture ici en insinuant que je suis un vieux débris s'il le souhaite. Les autres peuvent se risquer à poursuivre.
Après le split sans gloire de
Free, le chanteur
Paul Rodgers et le batteur
Simon Kirke décident de continuer à travailler ensemble. Quand
Mick Ralphs, un ex
Mott The Hoople les rejoint à la guitare, puis un ancien
King Crimson,
Boz Burrell, à la basse, on assiste à la naissance de ce qu'il convient d'appeler un super groupe, vu que les trois combos avaient laissé leur empreinte dans le paysage musical de l'époque. La notion de super groupe est toujours à prendre avec des pincettes, les égos pouvant se heurter et, chacun voulant tirer la couverture vers soi, créer un sacré ramassis d'emmerdes et de compositions ratées. Mais avec
Bad Company, on se retrouve avec deux facteurs rassurant : le groupe est managé par Peter Grant (qui géra les carrières des
Yardbirds et de
Led Zeppelin et s'avère être la première signature du label Swan Song, fondé par les membres du Dirigeable.
Musicalement, nous avons à faire à du hard rock ruisselant de blues (et là, Nanoroux, fondateur du site, prend un katana pour s'éventrer rituellement en pleurant que Metalship devient hardrockship). Le jeu très bluesy de Ralphs convient à merveille au timbre de voix un peu traînant de paul Rodgers. Ici, on ne se retrouve pas avec des morceaux rapides et rythmiquement parlant immense comme on peut en trouver chez
Deep Purple, le propos est bien plus intimiste. Un hard rock simple, épuré, où l'on ne retient que la substance même des origines. Ainsi, un morceau comme
Can't Get Enough fait mouche, avec une mélodie entêtante, un chant teinté de soul, des parties de lead efficaces à défaut d'être virevoltante. Il n'est pas étonnant que ce single ait été propulsé aux sommets des charts. De nos jours, il s'agit toujours du plus grand succès de Bad Company. On peut également s'attarder sur le très hard
Rock Steady qui joue sur des ambiances plus plombées.
Le reste de l'album se concentre sur des ballades toujours teintées de blues et de soul (et là, Int lâche un "des ballades ? Espèce de payday !" méprisant alors que l'une de ses idoles aborde sur la plupart des photos officielles la double position de l'homme à la diarrhée chronique et/ou du sodomite acrobatique). Comment passer à côté de
Ready For Love, slow musclé et fédérateur ? Ou encore le plus intimiste
Seagull, qui achève l'album de façon plus dépouillée ?
Don't Let Me Down séduira avec ses choeurs légers inspirés du gospel, tandis que la chanson-titre se placera comme un hymne même si elle n'est pas une tuerie métallique.
Musicalement, ce disque est homogène, bien construit et du coup, tient formidablement la route; Il n'est pas devenu l'un des classiques des années 70 pour rien (là, Prométhée grognera qu'avec si peu, de nos jours, ça ne vaut pas grand chose). Subtilement dépouillé, riche en émotion, Bad Company est un régal pour les oreilles, une oeuvre majeur pour ceux qui apprécient le hard rock largement influencé du blues et chanté divinement bien. Il faut juste oublier les riffs saccadés, les rythmiques syncopées et les hurlements de loup garou en rut l'espace de trente cinq minutes pour être conquis.