En l'espace de trois albums, tous aussi excellents et différents les uns des autres, Sybreed a atomisé une scène cyber/indus metal par son arsenal robotique écrasant. Mieux, il a réussi à dépeindre un monde désolé où la froideur des machines rencontre la mélodie métallique. Albums après albums les suisses ont évolué, ils se sont détachés de ces influences qui les encrassaient (
Meshuggah,
Fear Factory) afin de créer une entité inégalable. Les seuls à pouvoir tenir tête aujourd'hui à l'hydre mécanique sont certainement les russes d'Illidiance, mais ça c'est une autre histoire. Il faut dire que la cohorte de suiveurs ne dispose pas de cette facilité déconcertante à proposer des refrains faisant mouche à tous les coups. Et cet opus de prouver que la bête n'est pas morte.
Nous sommes ainsi rassurés de voir la bande à Drop revenir en si grande forme dans un EP pas forcément indispensable. Jugez vous même : un nouveau titre et trois remixes à l'intérêt décroissant. Heureusement que Challenger en vaut le détour sinon la frange de fans lobotomisés auraient crié au scandale (encore que) afin de demander le démantèlement en place publique. Dès lors le morceau titre est un pur régal. Dans la continuité de ce qui a été fait sur le déroutant (dans le bon sens) « The Pulse of Awakening », Sybreed fait pleuvoir des riffs acérés dont lui seul a le secret. Efficace et accrocheur, la dynamique se veut soudaine et frénétique. La voix black bardée d'effets de Ben est presque inhumaine. Non, cela n'a plus rien d'humain. Et pourtant, c'est ce que l'on aimerait nous faire croire lorsque le refrain salvateur (Ben s'en sort de mieux en mieux) illumine l'ensemble de la pièce et nous transporte dans un autre monde. Un monde où les machines prédominent en haut de la hiérarchie ; de ce fait, l'apport des éléments électroniques et futuristes n'alourdit pas le propos et fait figure de déclencheur de la révolution... humanoïde.
Révolution humanoïde qui prendra tout son sens au sein de trois remixes à l'enrobage electro/indus quasi totale. Ainsi le premier se veut être l’œuvre d'un certain BAK XIII qui arrive à rendre son « Challenger » aussi attachant que l'original tout en conservant une agressivité et un feeling mélancolique en même temps. Juste délectable. Tout le contraire de Drop qui va pousser le morceau dans ses derniers retranchements synthétiques et cybernétiques. Presque écœurant, la pilule ne passe pas. C'est d'autant plus dommage lorsqu'on connaît le potentiel du bonhomme. Son « Elle me tend toujours la main » sur l'album Réactivation Numérique de Sidilarsen était tout simplement inoubliable. Et au milieu de tout ça se greffe le remix de Voician qui n'a presque plus rien à voir avec le titre original, mis à part les lyrics, offrant même un certain côté pop electro rock susceptible de plaire aux réfractaires du metal sauvage et sans concession.
Moins garni que leur précédent EP, « Challenger » est un avant goût du futur hit qui se profile à l'horizon. On aurait aimé juste en avoir un peu plus pour notre argent. Le rendez vous est donc pris début 2012 pour connaître le dénouement de cette affaire.