Il y aurait beaucoup à dire sur ce disque, véritable reflet d'une époque pas forcément aussi révolue que ça. Alors, la France était dirigée par un président jeune, fana d'accordéon, qui s'invitait chez les ménages les plus modestes les dimanches pour grailler à l'oeil et ainsi savoir ce que le peuple voulait vraiment, qui prenait souvent la parole à la télévision pour dire que tout allait mal et qu'il fallait s'attendre à des lendemains difficiles et qui avait, entre autre, fliqué la France. Le disque aurait presque pu sortir hier tant les faits se reproduisent presque tous de façon cycliques, avec un cynisme froid et abrupte, mais Répression est sorti en 1980 et le président en question était Giscard d'Estaing et les affaires s'enchaînaient. Outre l'histoire des diamants, il y eut également "l'arrestation" musclée de Jacques Mesrine, l'Ennemi Public numéro un, le suicide suspect d'un ministre ainsi qu'un taux de chômage important dû à la crise pétrolière de 1973/1974.
Et Trust était un aperçu de la jeunesse hexagonale, au même titre qu'un Renaud ou d'un Téléphone, une jeunesse énervée et qui s'exprimait de diverses façon. Trust était assurément l'un des plus énervés, qui tirait sa force à la fois d'une folie rock'n'roll et de la virulence du punk. Son premier album avait d'ailleurs été une sacrée gifle contestataire, engagée, ce qui n'était pas forcément du goût de la censure. Avec Répression, Trust franchit une nouvelle étape dans son développement et pose encore une fois un oeil à la fois acerbe et désabusé sur une société qui, au nom des libertés, perdait petit à petit ses valeurs.
Déjà, il y a ce single placé judicieusement en ouverture. Une petite mélodie qui devient de plus en plus sèche avant que
Nono ne pose LE riff fédérateur.
Antisocial n'est pas le morceau le plus connu de Trust pour rien. A la fois heavy, avec un fond punk et rock'n'roll, ce titre est rafraichissant et implacable à la fois. Le chant de
Bernie Bonvoisin n'est pas mélodique, pas franchement joli non plus avec cette gouaille proche du punk justement. En revanche, il est très efficace et représente l'une des forces du groupe de par sa voix et surtout sa plume. Une plume plongée dans le sang de la société. Ainsi, il s'insurge contre l'Ayatollah Khomeiny qui avait quitté son exil en France pour faire de l'Iran un état islamiste (
Monsieur Comédie), il emprunte à Mesrine le titre de son livre pour parler de la mort de cette figure du grand banditisme, mort qui ressemble étrangement à une exécution (
Instinct De Mort). L'univers carcéral sera d'ailleurs ouvertement critiqué sur une bonne partie de l'album, entre l'incompétence de l'Etat à la réinsertion, le problème des banlieues (déjà...), avec en point d'orgue
Le Mitard, au riff répétitif qui donnerait presque un aspect épique à la composition, dont les paroles sont extraites d'un poème de Jacques Mesrine, dénonçant l'enfer des QHS (quartiers de haute sécurité).
Musicalement, le groupe joue de façon débridée, parfois rapidement, souvent de manière absolument rock'n'roll. Des cuivres viennent s'inviter sur
Au nom de la Race et [Fatalité[/i] sans que ces titres ne perdent de leur fougue ou de leur virulence. Répression est un brûlot engagé qui s'apparente à un pavé jeté dans la mare. La vision d'une jeunesse qui découvrait la réalité de la vie et qui se gavait de journaux satiriques. Face à des mensonges d'Etat, les membres de Trust exposent une vérité parfois simpliste, mais qui trente ans plus tard, fait toujours froid dans le dos quand on constate que rien n'a changé.
De ce fait, ce Répression est une oeuvre intemporelle, unique, celle qui sortira toujours du lot quand le nom de Trust sera évoqué. Album phare d'une scène hard française à l'aube des années 80, dédié à
Bon Scott, ami des frenchies, qui avait trouvé la mort peu de temps avant la sortie de cette bombe. Un disque essentiel dans toute collection qui se respecte.