On attache souvent à certains personnes, dans le Metal comme dans tous les autres styles de musiques, un statut de Dieu vivant, tel un Midas qui transforme tout ce qu’il touche en or, et même si parfois cette réputation est tout à fait méritée, elle est bien souvent usurpée, ou tout du moins, quelque peu exagérée…
Tom Gabriel Warrior, bien connu pour son implication dans
Hellhammer (qui a désormais un statut de formation culte malgré la médiocrité évidente de ses premiers jets),
Celtic Frost (qui est revenu au sommet de son art avec «
Monotheist» (2006) après 16 ans de silence radio), et plus récemment dans
Triptykon (dont le «
Eparistera Daimones» est tout simplement un des meilleurs albums de l’année 2010), l’homme a toutefois commis tout au long de sa carrière quelques petites fautes de parcours.
Un des exemples les plus évidents est bien entendu le très moyen «
Cold Lake» de
Celtic Frost, mais bon nombre des fans du bonhomme s’accordent à dire que «
Sub», le seul et unique d’
Apollyon Sun, dans lequel Tom opérait en qualité de guitariste et de chanteur, mériterait tout autant de subir les foudres de la critique…
Pour bien saisir la portée de «
Sub», il convient de le placer correctement sur l’échiquier musical.
Il faut donc savoir qu'
Apollyon Sun piétine outrageusement les plates-bandes de
Pitchshifter,
Nine Inch Nails et…
Marilyn Manson…
Oui, vous avez bien lu, pas besoin de courir chercher vos lunettes…
Alors que
Celtic Frost et les autres groupes de son prolifique leader ne pourraient être plus éloignés du style pratiqué par le Révérend Brian Warner,
Apollyon Sun se complaît dans un Metal Industriel de haute volée saupoudré d’électro, le tout accompagné par le timbre de voix glacial et plaintif de Tom.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le côté synthétique déshumanisé et la froideur mécanique de «
Sub» correspondent parfaitement aux exigences musicales de son géniteur, qui a toujours privilégié cette approche de la musique (ce qui lui a d’ailleurs bien souvent valu de se faire lâcher par ses musiciens : pensez au split de
Celtic Frost en 2008), à un côté plus organique, plus perfectible, plus… humain…
Entre le groovy «
Reefer Boy», la très électro «
Human III», et les rythmiques aux faux airs de Hip-Hop et de Rap (non, non, ce n’est pas une blague) de «
Messiah (Second Coming)» et «
Concrete Satan», en passant par la fantomatique ballade (superbe au demeurant) «
Slender», placée en milieu d’album, et dans laquelle Tom livre une de ses meilleures prestations, «
Sub» étonne, et il n’est pas rare de se retrouver en train de faire les gros yeux et de se gratter la tête en se demandant où diable les membres d’
Apollyon Sun veulent en venir…
Certains crieront au génie, et tous les autres, sans forcément cracher sur le travail accompli, se montreront beaucoup plus sceptiques après l’écoute de l’album, et même si cette galette de «melting-potcore» aurait pu être digne de louanges si elle était du fait d’un groupe aux velléités ouvertement Indus, du calibre d’un
Pitchshifter par exemple, «
Sub» déçoit.
En définitive, si «
Sub» n’est pas un mauvais album en soi, il est également loin d’être aussi bon que ce a quoi Tom G. Warrior nous avait habitués. On doit cependant lui reconnaître une qualité, et pas des moindres : «
Sub» peut-être considéré, à juste titre, comme un album charnière entre le son Heavy de l’ancien, et le son plus froid et presque inhumain du nouveau
Celtic Frost, qui se plaisait à vagabonder du côté de la Darkwave le temps d’un superbe «
Drown In Ashes», et qui se complaisait dans cette approche glaciale, mais néanmoins beaucoup plus organique de la musique, sur l’ensemble de «
Monotheist»...
Apollyon Sun loupe le coche et nous pond un album franchement pas génial, alors qu'il aurait pu figurer parmi les meilleurs produits de la scène Indus du début du XXIème siècle.
Dommage.