Pour Spektr, il n'y a pas d'échappatoire. L'idée de Near Death experience est originale, intense, propre à la démence: retracer l'imaginaire qui entoure les expèriences de morts imminentes (EMI) à travers la musique. Les français proposent alors quelque chose e malsain, d'aliénant, rassemblant tout ce que le Black Metal et le Dark ambient peuvent avoir d'intéressant en leur sein, de profondément complexe.
Inutile de parler des morceaux en eux-mêmes, l'album est construit autour d'un schéma simple: le suivi presque romanesque, avec ses rebondissements, ses angoisses, son suspense et ses coups d'arrêts, forts brefs. La musique de Spektr est à l'image du patronyme du combo: nuageuse, profonde, impénétrable et terriblement dense. La moindre note devient un chaos sonore. La production rappelerait presque
Blut aus Nord pour l'importance accordée à l'aspect mécanique des samples ou la désincarnation des guitares, très rares et seulement là pour effrayer l'auditeur. En confinant dans un magma au départ difficile à percer, Spektr use du premier artifice de la musique recherchée: la non-compréhension de ce qui se passe. L'auditeur devient passif, subissant les assauts de tous les arrangements produits par le duo, marionnettiste à même de briser votre tête faite d'acacia.
On part dans l'idée que Spektr fait du Black Metal, si bien que l'on est surpris de trouver plus une espèce de Dark ambient; ce Dark ambient n'est cependant pas celui d'un Lustmord, il se fait plus épais, plus audible, moins porté sur le calme effrayant, plus sur le bruit paralysant. Car la musique de Spektr fait peur, et c'est une chose rare. Allongé sur son lit, on oublie tout repère, on n'ose bouger, de peur d'être happé, on se prend au jeu, victime d'un accident, apercevant la lumière blanche lors d'un court passage en musique classique pour vite retomber dans les cauchemars orchestrés par Spektr. Là où il y a un échappatoire, c'est bien à l'arrêt du disque, que l'on ne saurait stopper soi-même, de peur de bouger et de se faire attraper par un on-ne-sait-quoi qu'il ne sert à rien d'expliquer comme le dirait Stephen King.
La cohérence de ce Near Death Experience est sa plus grande force. En batissant son album de manière à ce que tout s'enchaine avec fluidité, Spektr donne à l'auditeur une seule pièce sombre, torturée, froide et aliénante. L'essai pourra cependant être vu de deux manières, comme peut l'être The Work which transforms God de BAN: vous y trouverez tout le génie possible, l'impression de vivre cette expèrience de mort imminente ou vous ne trouverez que du bruit sans éclat. Dans les deux cas, impossible de ne pas avoir d'avis, la musique de Spektr ne laisse pas la place à l'indifférence.