Malgré le relatif anonymat qui l’entoure depuis sa première manifestation sous le soleil noir du Colorado en 1999, cette puissante entité répondant au nom de
Nightbringer fait assurément partie, au même titre que le superbe monstre californien
Leviathan, des acteurs les plus intéressants œuvrant dans la sphère Black Metal actuelle. Une sphère éclatante qui irradie la scène extrême toute entière de ses rayons célestes, et qui peut aujourd’hui compter en son sein cet éminent activiste diffusant désormais pleinement son éblouissante lumière maléfique dans l’univers.
Ne tergiversons pas plus longtemps et allons droit au but: ce nouveau manifeste ésotérique est d’une magnificence suprême ! Véritable clé de voûte de la discographie de Nightbringer et également pièce maîtresse dans le monde ultra-saturé de l’Art Noir, il élève la quête musicale, philosophique et spirituelle amorcée sur les déjà impressionnants
Death And The Black Work et
Apocalypse Sun à un niveau supérieur de conscience, et résonne comme un premier aboutissement artistique chez ces disciples du chaos, devenu aujourd'hui véritables maîtres de cérémonie.
Comme en proie à un état de gnose infiniment puissant; suivant avec foi et sagesse la flamme noire de la connaissance dans les méandres froids et labyrinthiques du royaume des morts, le groupe diffuse un Black Metal d'obédience orthodoxe d’une incroyable densité, et doté d'une atmosphère profondément religieuse. Une musique d’une grande complexité architecturale, passant allègrement des cavalcades nocturnes chères à
Watain, à la dysharmonie transcendantale de
Deathspell Omega. Et lorsque ces instants de frénésie sacrificielle sont soudain plongés dans la terreur d'une chute vertigineuse au cœur des fosses abyssales de l’occultisme le plus noir, par le biais d’une lourdeur oppressante remémorant la perversion monolithique d’
Ondskapt sur son effrayant
Dödens Evangelium, une peur indicible mêlée à une exaltation compulsive s'empare irrémédiablement de l'esprit et du corps ! La totalité de l'œuvre est sublimée par une sorte de contemplation
macabre; par une folie spirituelle extatique qui convoque les divinités infernales et dessine le spectre de la faucheuse agrippant les vies sous un ciel éternellement obscur, théâtre cosmique du ballet infini des astres majestueux et inquisiteurs…
Techniquement parlant,
Hierophany Of The Open Grave est quand même un disque très ardu à appréhender. Un gigantesque pavé que l‘on pourrait presque qualifier de progressif, tant ses structures se dispersent dans l'inconnu et font montre d'une insolente abstraction… Chacun de ses fragments recèle une multitudes de parcelles qui s‘éparpillent, se consument et renaissent dans des univers parallèles superbement chaotiques. Complexes et ultra-travaillées, les guitares s’entrelacent, se superposent puis explosent en de spectaculaires complaintes parfois lugubrement dissonantes, abattant inlassablement leurs riffs d’épouvante dans un fracas malsain et incantatoire, tandis que les terrifiants aphorismes sépulcraux transforment le sang en glace, et que la batterie se mue en un impitoyable marteau ritualiste afin d'achever de solenniser ces sombres mouvements ô combien funestes. Le son est puissant, majestueux, mais demeure rugueux et diaboliquement sinistre. L'œuvre est continuellement baignée d’une réverbération spectrale dont les résonances accentuent cet aspect proprement divinatoire...
Au gré de ses innombrables chuchotements ambiants; de ses échos atmosphériques soufflés par la présence fantomatique de nappes de piano et d’orgues grandioses aux tons incantatoires, ou de ses marches solennelles retentissant comme des rites funéraires,
Hierophany Of The Open Grave nous entraîne inexorablement au cœur d’une spirale occulte aux allures de transe gnostique.
On pourrait continuer de décortiquer à l’infini les plans de ce monument de splendeur ésotérique, mais au final, la meilleure manière d’en comprendre la substance est encore de l’écouter religieusement, et surtout dans son intégralité, sans tenter d’en extraire un quelconque fragment faisant partie d’un ensemble totalement indissociable.
Les membres de
Nightbringer sont allés puiser au plus profond de leurs âmes afin de parachever une œuvre certes éprouvante et difficile d’accès, mais pourtant magnifiquement puissante et authentique. En dépit de sa longueur et d'une impressionnante complexité pouvant rebuter les adeptes de spontanéité pure,
Hierophany Of The Open Grave est un disque fascinant à bien des égards. Une pièce exigeante et intensément ténébreuse qui résonne comme une prière; comme un parcours initiatique semé d’embûches mais surtout jonché de grands trésors. Et pour peu que l’on ait déjà effleuré l’œuvre antérieure de
Nightbriger, ce nouveau chapitre se révèle être un véritable accomplissement artistique et spirituel pour ce groupe dont les individualités brûlent d’un feu passionnel pour les sciences occultes, qu’ils mettent brillamment en équation par le biais d'un art somptueux.
Passion, Implication, érudition instrumentale et philosophique sont magistralement transposées sur cet opus, véritable parchemin offrant les clés d'une élévation dimensionnelle insoupçonnée, que seuls quelques passionnés téméraires parviendront véritablement à déchiffrer. Ferez-vous partie des heureux élus ?