Visiblement, les membres d'
Anathema ont bien digéré le départ de
Darren White, chanteur du combo de Liverpool depuis les débuts. C'est
Vincent Cavanagh qui prend place derrière le micro et Anathema devient à partir de ce moment encore plus une histoire de famille.
Musicalement, on reste dans un doom classieux, où le groupe a su prendre le meilleur de ses réalisations passées, de la mélancolie de la doublette
The Crestfallen EP/
Serenades à la maîtrise affichée sur le
Penthecost III sorti un peu plus tôt la même année. Une musique lourde, lente, qui ne donne pas envie de sauter de joie partout dans la pièce. Ananthema est encore loin d'être accessible ; Vincent chante d'une voix grave sans être gutturale, d'une façon moins agressivement death que White. Mais il s'en dégage des ambiances funèbres, comme sur l'inquiétant
Restless Oblivion qui a la lourde tâche de s'imposer d'entrée de jeu. Longue composition, ponctuée par quelques vives accélérations qui n'allègent en rien l'ensemble, elle ne laisse aucune chance à l'auditeur qui est tout de suite happé par cette spirale doom infernale. Une réussite en tout point, un petit chef d'oeuvre du genre, qui aurait même tendance à faire un peu d'ombre à ses petites soeurs.
Pourtant, des titres comme
Sunset Of The Age ou
Shroud Of Frost, s'ils sont un peu e- deça, restent fort intéressants malgré leur longueur, des reptations au coeur de pulsions mélancoliquement morbides, tristes, sombres, mais terriblement attachante. Il ne faut vraiment pas longtemps pour comprendre qu'Anathema vient de faire un grand pas en avant, tant par la qualité de composition que dans l'interprétation. Les maladresses sont moindres. Après tout,
...Alone, chanté par une certaine
Rebecca Wilson, tout en douceur, reste classique pour les Anglais, mais dégage ici bien plus de charme que par le passé. Anathema grandit, Anathema mue lentement, mais sûrement.
Puis on se retrouve face à des titres étonnants par leur sourde agressivité, qui viennent répendre leur fiel sournoisement, comme
Cerulean Twillight et ses lignes de vocales étrangement doublées, entre une voix à peine saturée et un chant évoluant dans les sphères du black metal. Ou l'instrumentale
Black Orchid, violemment symphonique et déroutante pour clore les débats. Une fois encore, Anathema explore toutes les possibilités et ne se fixe pas de limites quant à l'utilisation de certains sons dans son répertoire. Toujours résolument doom, le groupe s'écarte par moment du chemin qu'il s'est tracé, se fait soit plus extrême, soit plus abordable et s'impose non plus comme un solide espoir d'une scène en plein essor, mais comme un des chefs de file du mouvement doom britannique.
Cependant, The Silent Enigma sera le dernier album d'Anathema dans ce genre. Avait-il encore quelque chose à dire d'ailleurs ? De cette première période, il laisse quelques disques estimables, dont ce sublime opus. A découvrir.