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Il faut distinguer la ténacité de l'obstination : savoir insister et persévérer au bon moment, savoir aussi se retirer et renoncer quand il le faut."
Shafique Keshavjee.
Une vérité pétrie de sagesse qui n’a visiblement pas égratigné, ni même effleuré le moins du monde la conscience léthargique des membres de
Graveworm… Ces italiens (tout de même actifs depuis bientôt deux décennies), auraient pourtant dû permettre à la voix de la raison de laisser filtrer ses échos salvateurs à travers le voile d’obstination qui isole leur esprit du sens des réalités et du bon goût. Voilà en effet quelques années que le groupe se borne à défigurer son Black Metal atmosphérique, baignant à la base dans une grandeur poétique et une mélancolie douce-amère, de disgracieuses protubérances modernes et vulgairement brutales.
Bien que ces transalpins aient toujours plus ou moins joué en seconde division dans l’univers du métal noir à tendance gothico-symphonique, et n’ont, précisons-le, rencontré qu’une reconnaissance fugace à une époque donnée, il serait pourtant inconvenant de ne pas admettre qu’ils ont été capable de nous faire rêver avec quelques perles émotionnelles hautement mémorables dont
As The Angels Reach The Beauty et le très beau
Scourge Of Malice. Des disques qui ont permis à quelques amateurs de raffinements sombres et classieux, de visiter des monuments harmoniques d'une grande stature.
Mais depuis plusieurs années déjà, la troupe transalpine ne cesse de s’enfoncer dans les méandres d’une vacuité créative des plus symptomatiques. Car depuis la radicalisation au souffle très moderne amorcée sur le boiteux
(N)Utopia en 2005, sa musique, qui ambitionnait de lui ouvrir de nouveaux horizons ainsi qu’une relative prospérité artistique, n’est devenue qu’un amas de cendres froides... En lieu et place de nouvelles perspectives, de maturité et d’heureuses réjouissances sonores, il ne sera une fois encore question avec ce huitième album, que de regarder avec résignation l’hideux reflet d’une exiguïté créative et d’un sentiment de supercherie qui ne dit pas son nom.
Cet album propose un métal paré d’une enveloppe que l’on qualifiera certes d’extrême, mais pourtant totalement vide de substance. Un répertoire Black/Death mélodique et gentillet drapé d’oripeaux vaguement Dark qui accumule les poncifs, et dans lequel l’efficacité mécanique au charme factice submerge littéralement les réminiscences éparses d’une aspiration atmosphérique en deuil. Le rythme se veut plus rapide, plus complexe et parfois même syncopé, les guitares saccadent et tranchent dans le vif, et les mélodies au clavier, impersonnelles et convenues, finissent de recouvrir les quelques furtives ponctuations atmosphériques subsistantes d'un linceul de banalité.
On se retrouve en fin de compte devant un énième disque aux compositions sans la moindre aspérité; à la production aseptisée par son calibrage moderne et son envergure indiscutablement grand public, mais que reste t-il de la personnalité d’une formation qui ne manquait pas de couleurs sombrement attrayantes ?
Où sont donc passées ces superbes cavalcades épiques, ces atmosphères profondes, cette saine et touchante linéarité harmonique, ces mélodies dont l’ingénuité poignante serrait le cœur dans un étau de mélancolie ?
On a finalement peine à croire que les pères d’un disque comme
Scourge Of Malice, aient pu ainsi sombrer dans une telle torpeur créative. Certains pourront certes arguer que la production est puissante, que les riffs sont percutants, que la mise en place ne souffre d‘aucune anicroche… Nous, nous dirons juste qu’il s’agit là d’un disque de plus qui greffe inutilement sa triste fadeur sur un marasme métallique qui n’en a guère besoin.
Sans être véritablement catastrophique d'un point de vue strictement musical, ce
Fragments Of Death n’en est pas moins totalement anecdotique, et pire encore, désagréablement douteux.
Anecdotique, car sans âme, sans conviction et tout simplement sans inspiration. Douteux, car sonnant faux et peinant à masquer une volonté bien discutable de ratisser large, en sacrifiant l’authenticité d’un art aujourd’hui considéré comme désuet sur l‘autel de l’imposture mercantile. Cet opus mineur, résonne donc aujourd’hui comme l’impitoyable mais juste sentence condamnant sans états d’âme ses géniteurs, ce qui finalement n’est pas une si mauvaise chose.
Il y a des gens qui devraient comprendre une fois pour toute que parfois, il est plus sage d’arrêter les frais, de raccrocher, d’admettre que leur temps est révolu. Admettre qu’il ne sert à rien d’essayer vainement de s’agripper à l’existence d’une entreprise, vouée à une banque-route imminente. Une entreprise qui dans le cas de
Graveworm, croule déjà sous le poids d’une fragilité due à un succès assez confidentiel, et qui ne fait que s’enfoncer au fil du temps dans les abysses de la médiocrité. Un avenir bien peu glorieux mais hélas inévitable, qui ouvre grands ses bras à ce groupe autrefois des plus respectables. Un constat accablant quand on songe à l’indéniable potentiel dont disposait une formation, qui a manifestement choisi d’emprunter une obscure voie de garage par manque de courage et de discernement.
"Beau", était indiscutablement l’adjectif qui convenait le mieux lorsqu’on évoquait la musique de
Graveworm… Comme maigre lot de consolation, il ne nous reste que l'agréable réactualisation de l'excellent
Awake datant du premier album
When Daylight’s Gone, triste vestige ravivant les souvenirs d’un périple onirique aux confins d’une nuit auréolée d’étoiles, réminiscence mourante d’une époque révolue où
Graveworm excellait dans un art à la fois tempétueux, subtil et émouvant…
Le bilan est pour le moins amer, d’autant plus qu’il semble ici définitif.
A défaut de pouvoir à nouveau déambuler au cœur de ces sombres corridors ornés de mélodies précieusement tragiques, aujourd’hui obstrués par les gravas de l’artificialité et ensevelis sous les décombres de l’insipide; au lieu de pouvoir à nouveau se délecter de la beauté séraphique de ces vestiges sonores éclairant encore les abîmes du temps, nous n’assisterons simplement qu’à un sombre gâchis…