Majestic est un disque difficile à appréhender. Non pas qu'il soit le détenteur d'une quelconque sagesse, au contraire, il est très facile d'accès, comme la plupart des albums de
Gamma Ray d'ailleurs, mais il peut rapidement poser des problèmes de jugement tant son efficacité tend à cacher ses faiblesses.
Quatre années se sont écoulées depuis un
No World Order contrasté, capable de briller avant de sombrer dans des inspirations trop proches du plagiat pour être tout à fait honnêtes. A part un très bon double live,
Skeletons In The Closet, le groupe ne s'était pas montré très productif. Comme si l'inspiration avait quitté les musiciens, comme s'ils se retrouvaient victimes de leur style et qu'ils ne savaient plus comment en sortir. Aussi ce Majestic a été une sorte d'événement à sa sortie,
Gamma Ray étant encore à son apogée, au point que le leader,
Kai Hansen, était quasiment adulé par ses fans les plus dévoués (et ils sont nombreux).
Si on ne cherche un disque de heavy/speed mélodique que pour son efficacité, Majestic comblera les attentes les plus folles. Dans un style anthropophage, cet album dégage un certain charisme à travers sa puissance, une forme de majesté en somme. Un nom qui aurait très vite pu devenir pompeux, et qui s'accorde très bien à la forme. Rarement
Gamma Ray aura sonné si extrême. Les compositions se succèdent à vitesse grand V, s'autorisant des pics d'intensités fréquents. Difficile de ne pas headbanger comme un fou face au puissant
Fight ou de ne pas trépigner durant l'explosif
Hell Is Thy Home. Le chant de Kai Hansen est tranchant comme un rasoir, montant haut dans les aigus ou se faisant plus mordant, plus rude quand le besoin s'en fait sentir. Le groupe n'oublie pas d'être épique aux moments opportuns, comme sur la longue pièce de résistance qu'est
Revelation, dopée par des choeurs envoûtants. Au milieu des autres sorties de l'année, il se détacherait même bien de la concurrence. Le maître reste supérieur à ses élèves.
En revanche, si on cherche un disque de speed mélodique qui a une réelle substance, un intérêt ou une vie qui lui est propre et qui par extension le rend unique, si on est en quête de profondeur, autant se détourner tout de suite de cet album.
Gamma Ray est véloce comme jamais. La belle affaire. N'importe quel charlatan aurait pu tenter sa chance et jouer au devin en le prédisant après avoir jeté une oreille distraite sur
No World Order. La batterie reste abrutissante, les mélodies n'ont rien de bien original. Pire, certains plans sont des redites soit de
Gamma Ray, soit de groupes n'ayant plus rien à prouver (ou presque). L'exemple le plus flagrant reste
Hell Is Thy Home, plagiat éhonté du
Leather Rebel de
Judas Priest. La même dynamique, le même riff, avant un brouillage de pistes tellement gros qu'il rajoute à la malhonnêteté initiale. On reconnaîtra également ça et là des passages piqués à
Iron Maiden, d'autres qui sonnent comme du Accept de la grande époque... Et quand
Gamma Ray fait du
Gamma Ray, il en vient à se vampiriser lui-même. Difficile de ne pas comparer
Fight avec la
Man On A Mission de
Land Of The Free...
Après, c'est une question de parti pris. On ferme les yeux sur les emprunts et on prend son pied, ou au contraire, on met le doigt dessus et la déception nous envahit brutalement. Et avec cette déception, une terrible révélation : après chaque apogée, survient la Chute (avec une majuscule, oui, pour dire à quel point c'est violent). Et même si on reste tolérant, le prochain album ira encore plus loin dans sa démarche anti-artistique...