Avec une régularité d'un métronome,
Gamma Ray livrait un album studio tous les deux ans. On peut même considérer une bonne partie de Blast From The Past comme un nouvel opus tant le travail de relecture effectué fut remarquable. Dans la foulée du plus délicat à appréhender No World Order, le groupe nous gratifie ce double album live pour le moins spécial. En effet, plutôt que de centrer la set list sur le dernier disque en date agrémenté de classique,
Gamma Ray offre à ces fans une mine de raretés jouées sur la tournée et ce, à leur demande express.
Enregistré sur deux dates (Barcelone et Strasbourg), Skeletons In The Closet porte bien son nom, vu que
Gamma Ray va écarter bon nombre de classiques pour piocher dans sa large discographie des morceaux plus rarement joués, histoire de trancher avec le classicisme des albums live qui proposent toujours des titres assez prévisibles. Un jeu dangereux qui fera certes plaisir aux fans mais qui déstabilisera plus d'une personne n'ayant qu'un ou deux opus en leur possession. En effet, quelqu'un qui ne connait que moyennement
Gamma Ray sera étonné de l'absence de morceaux majeurs comme
Rebellion In Dreamland ou encore
Send Me A Sign, le but étant clairement de faire plaisir à ceux qui suivent la carrière des teutons depuis longtemps.
On sera peut-être étonné que Heading For Tomorrow soit effacé de la playlist, à moins que l'on considère que
Welcome et
The Silence suffisent à le représenter, surtout quand on sait que cette dernière fut ré enregistrée avec brio après Land Of The Free premier du nom. En revanche, on sera forcément satisfait de la présence d'un
Armageddon ou par celle de
Last Before The Storm, deux compositions qui ne se ressemblent pas, mais qui ne s'opposent pas. Le groupe dispose d'un excellent son, même si la production est un peu pauvre et que le chant de Kai Hansen (overdubbé ?) est un peu sur-mixé, couvrant parfois les autres instruments.
Les prestations sont excellentes, peut-être un peu trop pour être honnêtes, mais le public est bien présent, avec la même fougue, la même envie, quelque soit le titre. Hansen, en chef d'orchestre bienveillant, fait participer les fans, les faisant chanter, s'amusant avec eux sur l'over typé
Heavy Metal Universe, leur donnant une place importante pour tout album live, celui de sixième membre du groupe (le monsieur dans les coulisses et qui s'occupe du clavier est ici la cinquième personne, on l'oublierait presque le pauvre...). Ensuite, il est étonnant de voir que le seul musicien vraiment mis à l'honneur soit
Dan Zimmermann sur un solo qui ne semble pas prendre fin. Alors les soli de batterie, c'est peut-être sympathique à vivre quand on a le groupe en face de soi, mais lors d'une écoute dans son salon ou sa chambre, l'exercice devient très vite vain. Et surtout, lassant. On attend qu'il se passe quelque chose et en définitive, on entend juste quelqu'un martyriser ses fûts avec conviction, c'est plaisant un instant, mais on réalise vite que le temps alloué aurait pu être une autre chanson, un délire ou une reprise et on fini par zapper. Heureusement, il s'agit de la dernière piste du CD 1. Ouf.
A propos de reprises, Kai Hansen n'a jamais manqué saluer son ancien groupe,
Helloween, soit en rejouant
Ride The Sky, soit
I Want Out, voire parfois les deux la même soirée (soyons fous !). Ici, le choix peut être assez surprenant, puisqu'il s'agira de
Victim Of Fate issu du premier mini LP, dans une version excellente, rageuse et vindicative à souhait, qui dévoile un morceau bien plus furieux qu'il ne l'est à premier abord.
Le fan sera conquis. La set list aborde certains recoins de la discographie un peu oubliés. Mais bon. On aurait quand même certainement apprécié un classique parmi tout cela, ne serait-ce qu'un
Heal Me pour mettre tout le monde d'accord, ou bien justement un
Rebellion In Dreamland qui peut prendre une envergure particulière, forte et sensible à la fois (même si ce mot peut paraître vulgaire dans le contexte du metal à la teutonne !). Bref, un pari risqué, mais toutefois plutôt réussi.
Skeletons In The Closet ne ravira pas tout le monde, c'est certain. Pas assez de ci, trop de ça, manque de ci, surplus de ça et patati et patata. Reste un très bon live, qui surclasse complètement celui de 1996, trop brouillon et trop compact pour être tout bonnement plaisant. Ici, c'est un parti pris. Une envie de faire plaisir aux vieux fans qui prend tout son sens quand on se rend compte que beaucoup de morceaux sont taillés pour la scène, même s'ils n'ont pas le rang de classique pour le groupe, même s'ils ne sont pas forcément le plus représentatif et c'est assez rare pour être souligné. Comme si
Gamma Ray avait fait du remplissage de qualité sur ses albums, un remplissage dont il n'a pas à rougir. Bref, un complément idéal au Blast From The Past pour découvrir le groupe. Les fans seront de toute manière conquis.