Somewhere Out In Space n'avait pas convaincu tous les fans de
Gamma Ray, car cet album partait un peu dans tous les sens, et se présentait comme un disque long, bien trop long, chargé jusqu'à la gueule et les pépites qu'il contenait se trouvaient ainsi engluées parmi des titres plus faibles. Mais deux ans plus tard, le groupe est de retour avec ce Powerplant à la pochette plus soignée, signée Derek Riggs, à qui l'on devait de nombreuses jaquettes de
Iron Maiden. Et les nouveaux membres que sont
Henjo Richter et
Dan Zimmermann sont à présent pleinement intégrés au groupe. Nos joyeux Schtroumfs teutons (regardez les photos du livret pour comprendre) sont au charbon (faut bien alimenter la centrale électrique !) et nous le prouve de façon bien plus précise.
Musicalement, on rentre vite dans le vif du sujet.
Anywhere In The Galaxy ne fait pas dans le dentelle, du heavy allemand speedé comme il le faut avec un chant aigu sur les refrains ponctués de choeurs plus virils. Les guitares sont tranchantes, vives. La rythmique est lourde, puissante, la double grosse caisse ne semble pas pouvoir s'arrêter. D'entrée de jeu, c'est les divisions blindées qui accueillent les auditeurs. Les parties instrumentales sont racées, d'un point de vue sonore, elles remplissent très bien l'espace qui leur est alloué et
Kai Hansen n'a plus qu'à poser sa voix et nous faire apprécier un art qu'il maîtrise de mieux en mieux, donnant de la profondeur avec plus de facilité que par le passé. Ensuite, tout l'album n'est pas construit autour de la même formule.
En effet,
Gamma Ray a bien compris que le bourrinage parfois intensif du précédent opus avait pu lasser les auditeurs. A présent, le groupe essaye de laisser respirer sa musique en la variant, comme à la grande époque des Keeper Of The Seven Keys, quand Hansen officiait encore dans
Helloween. Richter s'occupe d'apporter des sons différents, des mid tempos plus entraînant, comme l'excellent
Send Me A Sign au refrain aussi simple qu'efficace, ou encore la plus épique
Wings Of Destiny. La formation apporte un relief bienvenu, créé des disparités stylistiques qui viennent enrichir l'ensemble de façon particulière, sans modifier un seul instant le son
Gamma Ray.
Ainsi, on se retrouve avec des compositions aussi différentes que la reprise des
Pet Shop Boys (!),
It's A Sin, très réussie, où l'on reconnait très bien la mélodie d'origine, même si le rendu se veut bien sûr plus heavy, qui vient s'opposer au très
Manowar Heavy Metal Universe qui ressemble à une espèce d'hymne. Pour un peu, on serait à guetter les mots "sword", "war", "steel", slave" et "pleasure" tant le clin d'oeil est appuyé ! Pour l'anecdote, Weikath se souvient qu'aux origines d'
Helloween, il allait souvent s'enfermer avec Hansen dans la voiture de ce dernier et qu'ils écoutaient des groupes nouveaux, dont
Manowar faisait alors parti...
Et si ce Powerplant s'achève sur un
Armageddon tonitruant, où le groupe atteint son paroxysme aussi bien dans l'écriture que dans l'exécution, il n'est cependant pas exempt de quelques titres plus faibles que les autres, comme ce
Short As Hell aux relents un peu thrashy qui essaye de s'intercaler comme il le peut, avec son petit clin d'oeil à Psychose de Hitchcock, ou encore ce
Hand Of Fate un peu inutile sur la durée. Deux erreurs d'appréciation ou des petites errances d'écritures qui font que ce disque reste un excellent album, mais qu'il ne peut atteindre le rang de chef d'oeuvre parfait.
Malheureusement, cet opus, par ses qualités évidentes, sera le dernier grand album de
Gamma Ray à voir le jour, si l'on excepte la double compilation et le double live qui verront le jour quelques années plus tard. Il marque un tournant dans la carrière du groupe, où ces clins d'oeil cités vont devenir une espèce de plagiat malheureux... En 1999,
Gamma Ray pouvait encore prétendre tenir la dragée haute à un
Helloween en pleine reconstruction (encore), mais les rôles allaient bientôt s'inverser, presque ironiquement, quand Kai Hasen, pape désigné du mouvement "true metal", allait s'endormir sur ses lauriers...