Il y a du remue-ménage chez
Gamma Ray en 1995. Le chanteur
Ralf Scheepers est discrètement limogé, sous prétexte qu'il ne voulait pas déménager pour se rapprocher du reste du groupe. En réalité, Scheepers avait des étoiles qui brillaient dans les yeux vu que tous les augures et les oracles du metal se sont succédés dans les magazines spécialisés pour l'introniser Metal God à la place de Metal God. C'est à dire, prendre la place de
Rob Halford au sein de
Judas Priest. Plus tard, le chanteur se montrera plus sec quant à cette version des faits, indiquant que la place derrière le micro manquait à
Kai Hansen (rappelons que ce dernier fut le premier chanteur d'
Helloween et qu'il avait passé la main à
Michael Kiske car il avait des problèmes à assurer le chant et la guitare en même temps). Quoiqu'il en soit, Gamma Ray est devenu un quatuor et Kai Hansen en est la voix. Houhou ! Ou haha ? C'est à voir.
Bon, cessons un peu de déifier Kai Hansen, et notons les nets progrès qu'il a fait depuis le meurtrier
Walls Of Jericho. Même s'il pousse parfois un peu trop, on remarque de belles dispositions et un chant bien moins criard. Cela s'apprécie dès le single
Rebellion In Dreamland.
Land Of The Free est un concept album qui commence par un long morceau,
Rebellion In Dreamland justement, un titre à la construction presque progressive, alternant passages calmes et violemment épiques. Un effort particulier a été apporté aux choeurs finaux, somptueux. Un moment d'extase, n'ayons pas peur des mots, avant une gifle grand format dans la tronche avec
Man On A Mission, à la grammaire helloweenienne : rapidité, mélodie, break décalé, soli "comme à la grande époque" (comprenez "comme à la Keeper")... C'est un sentiment que l'on retrouvera fort logiquement tout au long de ce disque, Hansen ayant été l'un des instigateurs de ce son.
Pour donner corps à son histoire, Hansen lie les différents morceaux avec des interludes de courte durée qui viennent apporter une logique, un ciment nécessaire à l'équilibre du disque. Il varie également son propos. Secondé à de rares reprises, l'ensemble ne souffre pas franchement des différents styles des musiciens, même s'il est difficile de garder un réel fil conducteur tout du long. Ainsi, si la ballade
Farewell se teinte d'une nuance folk sur laquelle
Hansi Kürsch fait une intervention qui ne déroge pas à sa réputation de barde et
Salvation, composé par le bassiste
Jan Rubach détonne par son côté heavy très sec. Cependant, cela sert de faire-valoir à la fin de cette oeuvre qui brille de mille feux. Michael Kiske, fraichement débarqué d'Helloween vient participer à l'apothéose finale, rock'n'roll à souhait et on se croit revenu des années en arrière, à l'époque où les Citrouilles de Hambourg ne s'entre-déchiraient pas...
Apothéose finale ? C'est ainsi qu'aurait dû s'achever l'album à l'origine, mais il y a encore une chanson,
Afterlife, qui n'a rien à voir avec l'histoire narrée tout du long. Il s'agit d'un titre sombre, dédiée à
Ingo Schwichtenberg, ancien batteur d'Helloween, qui n'avait plus trouvé la force de vivre...
Pour son retour derrière le micro, Hansen livre un disque impressionnant de maîtrise. On savait Gamma Ray talentueux, on a ici la signature d'un grand groupe, qui offre à ses fans un album de heavy metal solide et inspiré. Peut-être l'une des oeuvres les plus fortes de la seconde partie de la carrière du groupe. Et même si les similitudes avec Helloween sont frappantes, cela reste pour le moment légitime. Un (futur) classique du genre ?