Enregistré en 1994 mais publié en 1995, Pentecost III est déjà le deuxième EP d'
Anathema, alors obscur groupe de Liverpool qui contribuait avec quelques collègues à l'émergence d'une nouvelle scène dans la Perfide Albion. Et cette fois-ci, les différences avec l'album précédent sont sensibles.
Si
Serenades dévoilait un style compact, lourd et peu propice à la relaxation, Pentecost III se veut plus aérien, plus subtil. Et de fait, les progrès réalisés par Anathema sont énormes. Composé majoritairement de titres longs, cet EP apparait tout de suite comme délicat. Ethéré malgré une certaine lourdeur, notes longues qui semblent se perdre en une lugubre litanie, impression renforcé par le chant de
Darren White. Ce dernier ne se complait plus dans un registre emprunté au death metal, il se montre plus mélodique, mais il ne rend pas la musique d'Anathema plus accessible, loin de là ! A présent, l'ambiance est réellement mortifère, angoissante, effrayante même.
Les morceaux se succèdent, froids, implacables dans leur reptation infernale. C'est sombre, c'est mélancolique, triste. Sur
Memento Mori, on atteint le paroxysme d'une oeuvre en noir. Suffocant, angoissant avec cette ambiance religieuse qui vient littéralement étouffer l'auditeur... Puis il y a cette fin absurde qui permet d'enchaîner avec une chanson cachée étrange,
Nailed To The Cross (666), aux paroles limitées et cette ambiance limite punk, certainement le moment le plus électrique, le plus remuant de la galette.
Donc Anathema change, grandit, murit. Mais c'est un groupe meurtri qui enregistre ce disque, groupe qui a vu deux amis partir. Cet EP leur est destiné et on comprend mieux toute cette douleur, cette aura de pessimisme glauque et morbide qui entoure ce Pentecost III. Un pas est franchi par rapport à Serenades et on réalisera que ces deux opus serviront de terreau (puisque qu'on est dans l'imagerie du cimetière par une nuit de pleine lune...) au magnifique
Silent Enigma.
Anathema prévient ses fans : il ne faut surtout pas s'attendre à retrouver toujours le même disque avec eux. Chaque album sera l'objet d'une évolution remarquable. Admirable même. Dès ce Pentecost III hors norme le ton est donné. Quant à l'EP en lui-même, son écoute peut être éprouvante. Bien écrit, bien joué, certainement trop court, pas forcément très varié. Très homogène, il mérite qu'on lui porte attention. Un hors d'oeuvre idéal avant The Silent Enigma.