Si on connaît
Draconian pour ses derniers opus très convaincants, les débuts du combo suédois sont un peu plus obscurs. En 1994, lors de sa formation, le groupe se cherche encore, ne sachant pas vraiment dans quel style s'adonner. Au fil des répétitions, une chose est sûre, la musique sera mélodique. Puis, petit à petit, des compositions prennent forme, et aboutissent en la démo Shades of a Lost Moon.
Pour autant,
Draconian est assez loin du Doom que nous lui connaissons aujourd'hui, c'est plutôt vers une sorte de Black Mélodico-Symphonique que se tournent les suédois ici.
La démo se lance, non sans quelques difficultés. On remarque effectivement que le son met le groupe dans une posture bien peu favorable, mais passons, ce n'est qu'une démo datant de 1995 après tout. Le chant d'
Anders Jacobsson (qui officie également aux claviers) se veut déchirant, rappelant les groupes de Black Metal avec ses intonations criardes. Comme pour montrer sa volonté d'attendrir le tout, le chant féminin vient soutenir les compositions, lors d'interventions qui auraient certainement mérité d'être bien plus mises en valeur. A ce sujet, les chants de Jessica Eriksson et de Susanne Arvidsson (oui, ce sont bien deux voix différentes!) manquent cruellement de profondeur, et ne parviennent pas à délivrer tout le flot de sentiments recherché.
Ce qui frappe le plus à l'écoute de Shades of a Lost Moon, ce n'est pas spécialement cette production éprouvante, c'est plutôt cette volonté de construire sa musique autour des guitares. Andreas Hindenäs donne tout pour occuper l'espace (parfois un peu trop, comme avec "Away (Prince of the Dark Horizon, Pt. I)"), pendant que Johan Ericsson, actuel guitariste et compositeur du groupe, se charge de marteler les fûts. C'est également grâce à cette batterie que
Draconian paraît aussi 'violent': ça contraste méchamment avec le down-tempo de ses productions plus modernes.
Au niveau des compositions, Shades of a Lost Moon nous sert à boire et à manger. C'est bien simple, il y en a pour tous les goûts! D'un côté on a un Black Symphonique, d'un autre une sorte de Dark Metal aux relents Folk ("The Mindwinter Sleep"), parfois même une petite touche de Doom "Riders of the Black Earth", le tout dans un feeling old-school évident. Attention toutefois, quelques bonnes idées brillent ici, notamment le jeu de guitare, qui se fond à merveille aux pérégrinations folk de "The Mindwinter Sleep" justement... Mais dans l'ensemble, la démo manque vraiment de cohésion, et a bien du mal à affirmer sa personnalité.
Avec sa première démo,
Draconian est loin de son Doom accrocheur, très loin même. Et pour cause, Shades of a Lost Moon part dans tous les sens, donnant la sensation que la formation cherche à croiser à peu près tous les univers qui l'inspirent. Seulement ce melting-pot a bien du mal à faire mouche, notamment à cause d'un manque de cohésion. Ceci étant, les guitares offrent un travail soutenu, qui effacent ces claviers décidément trop convenus.
Bref, une démo qui fait sourire quinze ans plus tard, mais qui a eu le mérite de pousser
Draconian à nous pondre des tueries comme Arcane Rain Fell, Turning Season Within ou A Rose for the Apocalypse...