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Chroniques :: Chronique de Celestial Lineage

Chronique de Celestial Lineage

Wolves In The Throne Room  - Celestial Lineage (Album)

 8 
10

Périple méditatif



Les revoilà enfin ces sombres ermites pourfendeurs d’urbanisme carnassier; adversaires acharnés de cette voracité consumériste qui grignote un peu plus chaque seconde notre pauvre planète… Les revoilà chantant leurs louanges passionnelles à Dame Nature du fond de leur antre sylvestre...
Après avoir accusé une petite baisse de régime due à l’immobilisme structurel allant de paire avec une légère inconsistance émotionnelle sur Black Cascade en 2009, ces âmes recluses sortent de leur mutisme avec la force des loups et la sagesse des druides, parachevant avec cette nouvelle pérégrination dans la moiteur végétale, un épisode qui renoue avec la puissance évocatrice qui nous avait tant séduit sur le splendide Two Hunters.

Essuyant les départs respectifs de Will Lindsay (guitare) et Ross Sewage (basse), le noyau dur, toujours incarné par les frères Weavers n’a visiblement pas modifié l’élaboration secrète de son art, et cela se vérifie dès les premières secondes.
Après un préambule démarrant sous le signe de la quiétude avec une transe atmosphérique parée d’un chant féminin aux intonations mystiques, on est immédiatement replanté au beau milieu de ce décor forestier et rocailleux au charme si singulier. Un décor couleurs d’automne au sein duquel végétaux et minéraux se fondent et se confondent dans de multiples nuances cuivrées…
On retrouve bel et bien cette même base froidement Black, constamment déchirée par une luminosité atmosphérique et une chaleur quasi-progressive inondant l’espace de leurs rayons diaphanes; ces plages ambiantes dont les échos méditatifs et empreints de mysticisme convoquent un profond sentiment de plénitude (Permanent Changes in Consciousness, Rainbow Illness, Woodland Cathedral). Mais contrairement aux écoulements harmoniques prisonniers d'une glaise qui inhibait le charme de Black Cascade, lui conférant ainsi des allures de peinture à l’huile pétrifiée aux tons inlassablement monochromes, ce nouvel album retrouve presque cette propension à nous happer dans ses méandres tentaculaires; cette magie vivante et colorée qui inondait les moindres recoins de Two Hunters.

Evoqué d’un point de vue pictural, Celestial Lineage est peut-être la toile sonore la plus colorée jamais créée par ces mystérieux ascètes. On pourrait même dire que tout est à nouveau réuni pour nous convoyer au cœur d’une séance de méditation dans les tréfonds d’une forêt aux formes fantasmagoriques: la densité de ce feuillage de guitares en doubles croches; cette batterie au claquement fantomatique jouant sur la dynamique des contrastes en soufflant des salves de blast beat dévastateurs, puis se muant soudain en d’écrasants mouvements monolithiques aux résonances doomesques (Prayer of Transformation); cette luxuriance évocatrice mise en relief par des échos transpirant la spiritualité; ces ponctuations tribales; ces instants de grâce cristallisés par les expirations ritualistes qu'engendrent de savoureuses complaintes féminines; ce soulagement atmosphérique immatériel et éthéré; cette moiteur sauvage… Bref, tout semble être là…
Les morceaux sont majoritairement longs, souvent vecteurs d’une forte ambivalence émotionnelle et sont nourris d’une sobre richesse. Thuja Magus Imperium le démontre de fort belle manière et cristallise tout le savoir faire du duo. On est saisi par la majesté et la dualité des sons. Il y a de la plénitude et de l'apaisement, mais il y a aussi de l'affliction, de la colère et même de la haine. Car sous l’humus de ces guitares abrasives mais spectrales; sous la densité de cette écorce mélodique, coule la sève d’une rancœur misanthropique bien palpable. Une sève qui suinte de toute part et inonde les sols de son amertume, jusqu'à ce que des fragments incantatoires tombent des arbres et tapissent la terre meurtrie de leur feuillage mystique…

Il faut se rendre à l’évidence: Wolves In The Throne Room dresse ici un panorama des plus enivrants. Celestial Lineage est pondéré dans l’excès mais aventureux en termes d’émotion. Egalement plus riche et varié que ses prédécesseurs, il se montre fascinant à bien des égards. Cela ressemblerait-il à un sans faute ?
Presque à vrai dire… Car malgré une tenue générale planant largement au dessus d’une pléthore de sous-carabiniers qui arpentent avec acharnement les mêmes sentiers, ce nouvel opus, contrairement à Two Hunters, arrive en de rares moments à perdre de sa superbe. On ne pourra effectivement s’empêcher de regretter qu’il finisse inexplicablement par s’essouffler sur quelques passages, certains moments perdant subitement leurs couleurs éclatantes sous le fardeau grisâtre d’une certaine linéarité: des riffs un brin répétitifs et une ambiance moins envoûtante laissent de temps à autres souffler le vent de la monotonie, amenant avec lui son cortège de nuages aux teintes plus fades et uniformes, notamment sur Astral Blood et Subterranean Initiation

Tout le monde l’aura donc compris, il semble que ce nouveau témoignage frôle de très près la beauté mystique qui irradiait en permanence le somptueux Two Hunters, sans toutefois en atteindre pleinement l’excellence miraculeuse. Cependant, il serait gravement dommage de passer à côté de cet émouvant périple, ode à la rage tranquille, à la résignation sereine et à la misanthropie positive; illustration d’une paix intérieure et d’une communion avec la nature nous faisant basculer dans une dimension aux couleurs chamaniques. Une dimension éclairée par la sagesse des parias et l’apologie dithyrambique des insoumis, affranchie des valeurs dogmatiques régissant la condition humaine. Un refuge idyllique pour les âmes dissidentes car apaisant la causticité de l’esprit rebelle, soulageant l’amertume insurrectionnelle des cœurs révoltés… Un havre où l’acrimonie devient bien-être, où la haine convoque les énergies positives et où l’individualisme et le repli sur soi deviennent synonyme de salut, tendant leurs bras invisibles et protecteurs pour nous isoler des contre-valeurs d’une civilisation dans laquelle hypocrisie et décadence se donneront à jamais la réplique.
En dépit de quelques fautes de goût mineures, Celestal Lineage démontre que ces lycanthropes solitaires ont encore de grandes choses à exprimer, et ce regain d’inspiration donne à espérer une suite encore meilleure. Peut-être même transcendantale…

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par Neptune, le 20 octobre 2011
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Celestial Lineage - Infos

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Sortie : 13 septembre 2011
Genre : Black Metal
Label : Southern Lord
Playlist :
1. Thuja Magus Imperium (11:48)
2. Permanent Changes in Consciousness (1:55)
3. Subterranean Imitation (7:10)
4. Rainbow Illness (1:28)
5. Woodland Cathedral (5:26)
6. Astral Blood (10:17)
7. Prayer of Transformation (10:58)
écouter : Ecouter l'album



Wolves In The Throne Room

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Création : 2003
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