Les Kinder Surprise, vous connaissez ? Sous l'oeuf en chocolat se cache un petit jouet qui ravit les petits (et également bien des grands). Endorama de
Kreator, c'est un peu le même principe. On sait qu'il s'agit d'un disque de nos thrashers teutons préférés, c'est bel et bien écrit sur l'emballage, mais le contenu n'est pas l'hélicoptère ou le char d'assaut que l'on briguait.
Et là je me dis qu'une comparaison avec du Canada Dry serait plus explicite : ça ressemble à du Kreator, ça a l'odeur de Kreator, mais ce n'est pas franchement du Kreator.
De thrash, ici, il n'en est pas question.
Outcast sentait déjà le vent du changement avec son retour à une formule plus expérimentale à la
Renewal et un chant plus mélodique (!) de la part de
Mille Petrozza. Sur Endorama, on ressent d'autant plus l'influence de l'ancien
Coroner Tommy Vetterli avec cette approche moderne et subtile. Le groupe gagne encore en mélodie et se montre très raffiné. En jetant un rapide coup d'oeil au livret, on constate même que Petrozza est aidé par un coach vocal. Quand on se souvient des premières oeuvres des Allemands, il y a de quoi être pris d'un fou-rire irrésistible. Disons-le tout de suite, les fans hardcore du Kreator version thrash vindicatif et sans compromis ne vont pas adhérer au discours de leur groupe fétiche sur cet opus et peuvent arrêter leur lecture ici. Ceux qui sont ouverts d'esprit et acceptent l'idée d'être chamboulés dans l'idée qu'ils se font de la musique de Kreator peuvent poursuivre. Ils y sont même ardemment invités.
Ici, la bande à Petrozza évolue dans un metal résolument moderne, navigant entre deux eaux. Pas franchement gothique puisque l'on ne retrouve que peu de codes du genre et que l'ensemble reste bien trop heavy et musclé. Certainement pas indus car les compositions restent relativement organiques et humaines. Un univers musical étrange mais qui ne manque pas d'intérêt. Les amateurs de sensations fortes se délecteront d'un morceau comme
Soul Eraser qui ne fait pas dans la dentelle, précédé par une courte introduction instrumentale mélodique qui ressemble à une excuse à la déflagration qui s'ensuit. Mais Kreator se fait plus entreprenant et entraînant également; On savoure
Pandemonium et son côté lancinant, on s'attarde sur l'efficace morceau titre, mélodique et virulent à la fois, où Petrozza est secondé par
Tilo Wolff de
Lacrimosa. Et bizarrement, celui qui a le chant le plus écorché n'est pas celui que l'on croit.
Sur Endorama, chaque morceau est une découverte, contrairement à d'anciens albums qui étaient dans le fond efficace, mais bien plus prévisibles. Sur ce disque, Kreator joue à un jeu dangereux. L'influence de Vitterli est grande et ce dernier n'est pas un adepte de l'ultra-violence comme l'atteste son ancien groupe, l'excellent Coroner. Du coup, les Allemands prennent de gros risques et si l'ensemble est de très bonne facture, imaginatif, solide et homogène, il ne représente en rien ce qu'attendent les fans. Risque calculé, question sensible : ce disque est-il viable ? En changeant radicalement de formule, Kreator n'allait-il pas se mettre les fans à dos et courir droit à une implosion sans gloire ? Ce sera le cas. Vitterli se verra contraint de quitter le groupe, pour la survie de celui-ci. Petrozza avouera plus tard que poursuivre cette collaboration les aurait mené droit dans le mur.
Cet album pourrait être considéré comme un one shot, un album rare et éblouissant, mais absolument unique dans une discographie dédiée au tout puissant dieu du thrash. Endorama n'est clairement pas le meilleur choix à faire pour découvrir Kreator, mais les amateurs de metal expérimental peuvent s'y risquer sans problème. pour les fans du groupe, une parenthèse sympathiquement dépaysante. Pour de rares personnes, un must.