Si le punk a été armée, provoquant une guerre qui ravagea l'Angleterre pré Thatchérienne et bouleversa l'échiquier géopolitique du rock, cette armée fut composé de plusieurs régiments. Les Sex Pistols en ont été la compagnie de mercenaires, destructeurs et imprévisibles, Clash la troupe d'élite, experte en combat urbain comme en guérilla. Les Ramones ont fait office de GI's, The Damned de conscrits débiles et loufoques. Et
Motörhead ?
Motörhead, ce fut la Luftwaffe, puissante, efficace et pro. Dans les plus beaux uniformes, avec le meilleur matériel et la plus grande puissance de frappe. Et ce
Bomber, c'est leur bombardier Stuka.
Imaginez un peu les sirènes résonnant tout autour de vous. Nous sommes en pleine nuit, en 1979, le ciel de Londres est clair et dégagé. Les hostilités avaient été déclenchées plus tôt, l'appareil
Overkill ayant atteint le Royaume Uni plus tôt dans l'année. Parmi les armées de ce qui allait s'imposer comme le nouveau rock, éliminant la plupart des vieux dinosaures,
Motörhead s'affirmait, avec Clash, comme les plus sérieux de ces nouveaux combattants. D'ailleurs cet opus va prouver aux punks, aux rockers et aux metalheads qu'un nouveau maître était arrivé, pour longtemps, et pour beaucoup de monde.
Musicalement, la formule paraît assez simple. Du bon vieux rock'n roll, des accords de puissances, des rythmes survitaminés dopés aux amphèt', une voix rauque et roule ma poule ! L'escadron
Motörhead a tout l'armement nécessaire pour remporter sa victoire. Simple et efficace, comme les bombes de cet album, Stone Dead Forever et Dead Men Tell No Tales. Et là, on a la base de beaucoup de chose. Des accélérations que les thrashers n'oublieront pas, un son assez heavy/crade finalement, et une volonté de repousser les limites sonores qui inspirera le black metal. Et voilà, on a un album qui se tient et qui donne un coup de pied aux culs aux vieux ténors, que ce soit le Sab' qui tente de larguer Ozzy, les mégalos de
Deep Purple ou les fourvoiement des Stones. Plutôt que de chipoter, Bomber vole, tire et fait mouche.
En reprenant à son compte les bonnes vieilles formules qui marchaient depuis 25 ans déjà, le pilote Lemmy et ses affreux montrent la voix à suivre. Les chichis, les expérimentations, c'est bien joli, mais la base rock reste indispensable. Si elle n'est pas là, l'avion n'a pas de direction, et "ses ailes de géant l'empêchent de marcher", pour paraphraser Baudelaire.
L''aéroplane continuera son vol, majestueux. Bien sûr,
Motörhead ne se limite pas à cette période bénie où il vole haut et fier, sans se poser de questions. L'équipage saura diversifier son armement, nuancer son discours en accueillant de nouveaux membres, copilote, radio ou mécanicien. Mais rien, non rien, ne peut effacer la puissance de ce disque, avion à réaction dévastant tout sur son passage. Un grand disque, qui vole haut et n'a pas pris une ride, puisqu'il a tapé dans le vieux stock de munitions pour ouvrir la voie aux renforts futurs.