Qui aurait pensé que le pire groupe live de 1975 arriverait à sortir un classique immédiat moins de cinq ans plus tard ? Personne ne lève la main ? Personne ne veut se faire mousser en prétendant que
Motörhead avait l'étoffe des grands et que ça se voyait comme les verrues sur la figure de
Lemmy ? C'est bien un peu d'honnêteté de temps en temps. Parce que miser sur ce cheval, c'était prendre de sacrés risques. Le premier album a été refusé par United Artists, il est sorti plus tard chez Bronze réenregistré avec
Fast Eddie Clarke à la guitare avec une variation au niveau des morceaux présenté également et n'avait connu qu'un succès d'estime malgré une pochette agressive. En pleine tourmente punk, ça aurait pu le faire, mais le rendu était encore bien inégal.
En 1979 (si on vous demande, dites que cette année roxe du bulbe) atterrit dans les bacs des disquaires un album avec une pochette... explosive. La tête de monstre en train d'imploser marquera les esprits. Mais ce ne sera encore rien.
Motörhead signe là un nouvel acte de naissance, tellement particulier qu'il n'est pas rare que certaines personnes pensent qu'il s'agisse là du premier album du groupe.
Mais bon, assez tergiversé ! Ce n'est pas sur la pochette que l'on juge une oeuvre musicale. Elle peut être moche, belle, moyenne, ça peut diriger un avis, mais ce n'est pas ça qui fait l'essence d'un groupe. C'est ce qui est gravé. Ce que la pointe du saphir ou le laser va lire et cracher par les hauts parleurs. Et là,
Motörhead en met un grand coup. Le power trio, composé de
Lemmy Kilmister au chant et à la basse, de
Fast Eddie Clarke à la guitare et de
Philty Animal Taylor à la batterie, a trouvé LA formule qui lui permettait à la fois de s'imposer sur les terres du hard rock et dans les contrées sauvages du punk. Rien que ça.
Imaginez une ruelle sordide du coeur de Londres. Les pavés sont jonchés d'ordures, une prostituée qui a du connaître des jours meilleurs vous fait une avance que vous ne pouvez que refuser, son mac n'est pas loin, partout vous avez l'impression d'entendre claquer les ressorts des crans d'arrêts. C'est malsain. c'est violent et vous ne savez pas si vous arriverez à l'autre bout de cette foutu ruelle vivant.
Overkill, c'est ça. c'est cette Londres underground, cette Londres qui sent la pisse et la mort, où les toxicos crèvent la bouche ouverte, où les putes font leurs passes dans l'entrée d'un immeuble sordide.
Overkill sent Londres.
Overkill, c'est le Londres qui n'apparait pas dans les guides de voyage.
Motörhead se complait dans un rock'n'roll sale, malsain, déjanté.
Malsain a déjà été utilisé ? Et alors ? Ecoutez
Capricorn et sa mélodie obscure pour vous en faire une idée ! D'un point de vue style, imaginez
Status Quo en train de reprendre du GBH ou les Sex Pistols partouzer sauvagement avec Elvis Presley. Vous visualisez ? L'odeur de vomi mal digéré indique que oui. Pour les estomacs fragiles, il faut dire que ce disque est intense. L'espace sonore est parfaitement exploité par Lemmy et sa bande. Prenons le morceau-titre, tout simplement cultissime. L'introduction à la double grosse caisse marquera des générations entière de metalleux, demandez à
James Hetfield ce qu'il en pense ! L'intrusion d'une basse heavy et ronflante à souhait, une guitare schizophrénique qui suit et la voix éraillée de Lemmy, ce morceau à tiroirs titille les oreilles, aiguise les sens et surtout, en met plein la vue. Oui, le rock'n'roll peut être violent. Oui, c'est le genre idéal à croiser avec la
furia du punk.
Après, faire du titre par titre, c'est facile. On peut dire que
No Class est une tuerie, même pas besoin d'insister, d'expliquer, il suffit d'écouter pour piger. Que les mid tempo lancinants font aussi mal que les titres les plus rêches ? Bof, trop facile, passez-vous
Metropolis et
Capricorn pour vous faire une idée de la chose...
Overkill tue, point barre. Il n'y a rien à expliquer, c'est un fait établi. Un classique parmi les classiques, qui fait toujours autant d'effet après plus de trente ans parce que le rock'n'roll, finalement, ça traverse le temps, surtout quand il est traité de façon aussi sordide, sans manifester la moindre condescendance, le moindre mépris pour le genre. Respectueux et ironique,
Motörhead se rend maître de son destin.
Lemmy vous le dira, oubliez un peu
Ace Of Spades pour vous rapprocher de ce disque. Et il n'a pas tout à fait tord, le bougre.
Overkill, c'est une ode au rock'n'roll. Au vrai. celui qui en a gros dans le calbute. Un disque phare, essentiel dans l'univers du metal. Il aura inspiré
Venom, il aura inspiré
Metallica et
Overkill, le groupe. Et tant d'autres ! De groupe ringard et mineur,
Motörhead gagne d'un coup les galons de groupe phare, complètement en marge de la NWOBHM et qui aura également pourtant une forte influence dans ce monde là également (
Saxon). Bref, si vous ne l'avez pas, shame on you et bisque bisque rage. Et ça, c'est la conclusion la plus merdique de Metalship...