Après les déboires liés à la maison de disque United Artists, Lemmy et sa bande ont préféré aller voir si le vert de gris était plus pimpant chez Bronze Recordings.
Larry Wallis, qui n'apprécie pas franchement l'arrivée de
Eddie Clarke claque la porte dans la foulée et le groupe va commencer à se débarrasser de ses influences psychédéliques, en se nourrissant d'une nouvelle forme de contre-culture alors en vogue, le punk.
Motörhead, qui dispose déjà d'un premier album enregistré, est alors dans une espèce d'impasse. United Artists refuse tout simplement de le sortir en raison de la réputation peu flatteuse que se trimballe le combo (qui a tout de même été adoubé du rang de pire prestation scénique en première partie de
Blue Öyster Cult) et Lemmy décide alors de réenregistrer une partie de ce foutu album dont personne ne voulait et de virer certaines compositions molles pour obtenir un produit complet, avec une réelle ligne directrice dans le son.
Et cela se traduit par un rock hard bien cradingue, sur lequel flotte un esprit proche des fifties et des sixties. On imagine très bien les musiciens en blousons noirs, cheveux gominés, lubriques et dangereux, pratiquer une musique d'hommes, de vrais, au fin fond d'un club sordide des pires quartiers de Londres. Et
Motörhead, c'est un peu ça : des bad boys qui carburent au whisky et à la
dope, dont le bassiste chanteur exhibe des artefacts nazis comme d'autres se baladent avec une croix chrétienne autour du cou. Et l'auditeur de bouffer le rock gras, suintant, des britanniques, simple et précis, avec une basse qui ronfle brutalement, dont le jeu est plus pensé comme un accompagnement à la guitare qu'un soutien rythmique à la batterie.
Et sur ce disque éponyme, à la pochette qui représente une tête de monstre prise dans un casque guerrier, marquante pour son époque, Lemmy met les choses au clair : le chanteur, c'est lui, hors de question qu'un casse-couille de gratteux vienne se placer derrière le micro pour en placer une. Du coup, les différences sont notoires, comme le prouve le morceau
Vibrator, qui prend ici une autre dimension, plus robuste, plus puissante que la version chantée par Wallis sur On Parole. La musique devient plus virulente et va droit à l'essentiel, Clarke n'essaye pas d'en mettre plein la vue durant des soli interminables, il se contente de placer un instrumental au feeling simple, suffisant pour ne pas être stérile, tandis que
Philty Taylor assure une frappe de brute, même s'il ne sera jamais un grand batteur.
Cependant, le
spectre du premier album jamais paru (enfin, à cette époque) hante toujours le groupe qui peine encore à trouver la bonne formule. Bien sûr, on reconnait parfaitement
Motörhead, le style est là, mais c'est comme si personne n'osait aller au bout des choses, comme si la prise de risque n'était pas une option viable. Du coup, ce premier disque est plutôt quelconque : du rock sale, crade, limite nihiliste dans sa forme, de quoi plaire à du keupon de quartier. Mais il manque cette touche particulière, ce petit plus qui rendra les trois prochains albums tout simplement indispensables.
Bref, la copie est loin d'être parfaite.
Motörhead ne dit pas la messe, pas en 32 petites minutes qui par leur homogénéité, deviennent lourdingues et monolithiques. Pas forcément un mauvais disque, mais on est loin de la splendeur d'un
Overkill. D'ailleurs, United Artists ne se fera pas avoir, ils attendront patiemment que le groupe signe
Overkill avec le succès que l'on sait pour sortir On Parole de derrière les fagots. Là, ça aurait été aller droit dans le mur...