Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Kauan. Si vous êtes un habitué de nos colonnes, il y a de grandes chances pour que vous ayez fait connaissance avec ce duo russe qui pratique une musique aérienne et difficilement classable. Fort de deux opus particulièrement prometteurs (Lumikuuro en 2007 et Tietäjän Laulu en 2008), la formation reprend du service en 2009 avec la parution de son troisième album Aava Tuulen Maa. Vous l'aurez sans doute remarqué, Kauan affectionne particulièrement la culture finlandaise, au point de n'utiliser que le finnois pour tous les textes...
Embarquez dans ce navire musical pour près de cinquante minutes de songes...
Si Lumikuuro annonçait une formation d'obédience Doom, le successeur gommait gentiment l'influence extrême pour se concentrer sur la puissance des atmosphères aériennes. Et bien sachez qu'avec Aava Tuulen Maa, Kauan abandonne définitivement le Doom pour un Post-Rock enchanteur, aux relents folkloriques pour le moins original.
Du coup, les grosses guitares ont laissé place à des arrangements aux claviers très présents. En guise de chant, les rares interventions claires d'
Anton Belov ne sont là que pour transcender les émotions érigées par le duo, tandis que
Lubov Mushnikova (violon) se charge elle de sublimer les compositions.
Après une intro touchante, Kauan entre dans le vif du sujet avec "Valveuni", qui n'a plus grand chose de Metal. En effet, on est plus très loin d'une musique ambiante dominée par un esprit Post-Rock gentillet. Forcément, les atmosphères défilent et se découvrent, offrant un panel d'émotions assez large ("Föhn", "Neulana Hetkessä"). Ainsi, la recette de Kauan gagne considérablement en profondeur, et se joue des structures musicales basiques (couplet-refrain...). Car pour être progressive, la musique d'Aava Tuulen Maa l'est, c'est évident...
Le hit absolu de l'opus, "Sokea Sisar" retentit et sonne l'une des plus belles compositions du duo russe. Sur ce morceau, le chant d'Anton prend une ampleur incroyable: le jeune musicien parvient à s'approprier les plus tristes émotions pour illustrer à merveille les textes. L'auditeur, perdu dans de lointains songes, se retrouvera balloté entre une mélancolie persistante et une certaine gaieté d'esprit. Tout le monde sait que vu le style pratiqué, la réussite d'un tel titre s'apparente à un vrai tour de force...
Un petit mot extra-musical. La production d'Avaa Tuulen Maa, aussi douce que chaleureuse, renforce l'immersion de l'auditeur. Les guitares acoustiques sont bien mises en valeur, pendant que les claviers très présents gouvernent le navire Kauan.
Côté visuel, cette nouvelle offrande invite au voyage, et reprend par son aquarelle les traits de Lumikuro. Excellent!
Avec un tel album, Kauan frappe fort et montre que l'évolution musicale a parfois du bon. Loin du Doom des débuts, la teneur d'Avaa Tuulen Maa se veut bien plus prenante, comme si le duo Belov-Mushnikova savait s'accaparer des songes de leurs auditeurs.
Sincèrement, Kauan est parvenu à pondre-là son album ultime, celui-là même qui se devrait d'inspirer la suite de ses travaux. Et rien que pour ça, les russes méritent que leur musique soit découverte!