Chouette ! Un produit qui ne sert à rien !
Ou a presque rien. Ce qui revient au même.
Il faut reconnaitre une certaine délicatesse à EMI d'avoir sorti ce best of le 28 novembre 1991, soit quatre jours après le décès de
Freddie Mercury. Faut laisser aux fans le temps de digérer la nouvelle et de se préparer moralement à mettre la main au portefeuille. Comme quoi, un mort n'est pas que rentable pour les pompes funèbres ? Cynisme ? Oui, si l'on veut, comme la réalité marketing sait l'être.
Ce best of, c'est un greatest hits. C'est à dire que l'on ne retrouve pas forcément le meilleur de Queen, mais les singles qui ont le mieux vendu, ce qui change pas mal la donne. Ici, on ne ratisse pas très large. Entre 1981 (date du premier volume) et 1991 (date à laquelle est sorti l'album
Innuendo, il n'y aura eu que cinq albums et de qualité très inégale. Il faut dire, les années 80 n'ont pas été la période la plus créatrice pour Queen, d'où une sacrée baisse de régime et d'inspiration en général. D'ailleurs, quand on compare ce disque avec son grand frère, le constat est accablant : inventivité en berne, musique plus facile d'accès, plus calibré pour la radio et...
... et en fait, cette impression est surtout due au format des chansons présentes. Des versions edit, tronquées pour entrer dans les codes des hits, des versions singles. Et ça perd de son charme en définitive. Prenons par exemple
I Want It All qui perd en feeling ce qu'elle gagne en efficacité ? Pas franchement un bon calcul. On peut se demander pourquoi EMI n'a pas conservé son idée de départ, à savoir un double avec les versions originales des morceaux ? Sauf que ce ne serait plus exactement un greatest hits mais un best of. Puis un best qui écarte certains titres au profit des plus connus, c'est une méthode comme une autre de dire "regardez comme c'est bien : que des tubes, de quoi faire bander un mort ! Oups, pardon !"
Alors bon, c'est très surfait. Cela devrait permettre aux néophytes d'avoir une vision d'ensemble d'une période moyenne pour un groupe aussi talentueux que Queen. Un disque long qui aligne du bon et du moins bon et qui est presque logique dans sa facette la plus mercantile. Pour ceux qui veulent découvrir le groupe, plutôt prendre la version platinum (oui, comme les jeux Playstation) qui regroupe trois (!) compilations. Le premier
Greatest Hits, imparable, celui-ci et un troisième relativement insipide. Une vision globale très insuffisante finalement.
Note sanction donc, mais avec une légère aténuation. Combien de personnes ont découvert Queen avec cette compilation ? Combien de collégiens ou de lycéens ont découvert le groupe par ce biais peu glorieux ? Enfin bon, la conclusion reste la même : Queen, ça s'écoute album par album pour vraiment l'apprécier, rentrer dans le délire. Un greatest hits, ce n'est pas la même magie.