Jamais je n'aurais pensé pouvoir coupler littérature et Grindcore dans une critique, et pourtant, ce premier album de Lostsphereproject m'a prouvé le contraire. Ce qui n'était pas nécessairement le but premier de ce Third Level To Internal Failure apparaît comme évident à mes yeux après lecture de Moins que Zero de Bret Easton Ellis ; le cheminement de cet assemblage de morceaux sans concessions et froids comme le marbre me rappelle ce récit glaçant, dérangeant et qui m'a récemment retourné l'esprit.
Le Grindcore de Lostsphereproject est en effet sombre comme le néant et violent comme une bande de jeunes drogués. Blasts à la clef, hurlements Death monocordes, riffs torturés excités à la verve Math-Core et Noise angoissante : tel est le cocktail explosif proposé par Lostsphereproject pour écraser son auditoire et ne lui laisser aucune chance de résurrection. Une violence haineuse sans aucune accalmie, toujours présente même derrière les ralentissements de tempo pesants et qui me fait penser à Moins que Zero et son héros issu des classes aisées de Los Angeles dans les années 80, pourri gâté qui s'ennuie ferme et passe d'appart' en appart' pour voir des potes aussi friqués que lui qui s'enfoncent tous dans la déchéance la plus totale, ayant oublié tout de ce que le monde normal appelle la morale. Drogue,
torture sexuelle, détritus humain lâchés en pâture aux macs intransigeants de la ville : un roman dont Third Level To Internal Failure pourrait être la bande-son. Un passage notamment, m'obsède dans l’œuvre et me fait jouer inlassablement le morceau « Vultures Of Conscience »: le narrateur se rend chez un ami pour glander une fois de plus et découvre attachée sur son lit une jeune fille de douze ans. A ses questions et affirmations où l'humanité semble avoir déjà déserté le sens, une hésitante «j'crois pas qu'on n'ait le droit. » amène une réponse de l'ami qui vrille le cerveau mais résume bien le décalage entre plusieurs âmes : « quand on veut quelque chose, on le prend »
A mesure que les courts titres de cet album s'enchaînent à une vitesse folle, dans l'esprit d'un
Converge, on se perd dans leur construction qui rappelle celle de
What Once Was : Liber I de
Blut Aus Nord, dont les coupures inter-morceaux cisaillent l'ensemble pour mieux dérouter l'auditeur. Un point positif pour Lostsphereproject qui varie souvent le tempo mine de rien, et laisse transparaître ses influences, du Post-Hardcore le plus lourd au Math-Core le plus desaxé pour ce qui est des plans de guitare souvent totalement barrés (excellente « Idyllic Disaster ») en passant par une ambiance Black Metal souvent saisissante (« Ice Mike »). Pas de repos donc mais pas d'ennui non plus car la vision cauchemardesque proposée par le groupe est suffisamment illustrée par divers plans tordus et variés pour ne laisser aucune place à ce type de sentiment. Véritable reflet d'époques en proie au chaos le plus total, Lostsphereproject exercera son emprise musical sur quiconque a une case en moins et qui saura apprécier la délicieusement maladive « Apathy », dopée aux amphéts' et suintant la déchetterie des habitants de la Colline a des yeux. Rappelant par moments la sauvagerie des français de
Nesseria, les Lostsphereproject sont une véritable cure de violence pour ceux qui ont besoin de se poser l'esprit tranquille après trépanation.
Third Level To Internal Failure est donc un excellent album de Grindcore (grossièrement résumé) qui doit figurer dans la discothèque de l'amateur. Rétroprojecteur musical d'images cradingues, de délires névrosés et d'obsessions morbides, il est également un concentré de riffs Death, Hardcore, plans Math-Core parfaits, accords Black Metal sombres et lourdeur Sludge/Post-Hardcore viscéralement tourné vers le néant. Peut-être manque-t-il des samples et des passages plus subtils pour en faire une pépite atmosphérique en prime mais il reste excellent dans son genre. A chacun ses références mais je ne doute pas une seconde que son écoute vous fera un petit quelque chose, pour peu que vous souhaitiez toucher seulement du doigt ce genre de pustule arrivée à maturité.