La vague
Gorod n'est pas prête de s'arrêter avec ce nouvel EP soyez-en assurés. Si Process Of A New Decline leur a permis de décoller aux yeux du public français et plus largement européen, ce Transcendence porte en son sein des éléments qui viennent complexifier le rapport entre
Gorod et le reste de la scène Brutal Death Technique.
Car malgré l'entrée très classique et oubliable « Earth Pus », cet EP est un petit bijou de construction et de subtilités mélodiques. Si je vous dis qu'il comporte deux titres acoustiques et plus précisément orientés Tango/Flamenco, vous me croirez ? Et si je vous dis que
Gorod est encore plus dans une veine Progressive qu'auparavant vous continuerez à lire ma chronique ? Ne soyez pas effrayés, Transcendence apporte de nouvelles pièces à l'échiquier et permet de saisir une facette de
Gorod jusque là cachée sous la partie immergée de l'iceberg. Fortement mélodique, cet EP est complexe et travaillé à l'extrême, que ce soit dans la production, clairement parfaite et parfaitement claire, ou dans les morceaux eux-mêmes, l'éponyme étant surtout l'apogée des cinq titres. Celui-ci, fort de ses quinze minutes, présente un featuring avec le chanteur d'
Immolation et une richesse stylistique monstre.
Gorod dévoile son jeu et le jackpot risque bien de lui revenir : un Death technique précis, fort de parties plus posées et ambiancées, où l'on a le plaisir d'entendre un chant clair un peu en retrait mais maîtrisé ; une basse ronde et groovy, des parties aux guitares déjà cultes – version je te joue un solo céleste en tant que riff – et une batterie bien plus aventureuse dans ses parties rythmiques.
Toute une chronique pourrait s'écrire sur cet excellent morceau qui surpasse à lui tout seul Process Of A New Decline mais ce n'est pas le seul avantage de Transcendence. Bien que surprenantes lors d'une première écoute, les tentatives Flamenco « Blackout : Arnewed Souls » - la plus réussie – et « Earth Pus : Salvation » sont excellentes. La première en particulier, et la plus longue, est remarquable, les deux guitares s'agençant avec talent en un tango/flamenco soutenu par des percussions typiques qui plongent d'entrée dans l'ambiance légèrement orientale et mystérieuse voulue par les français. On pourra médire sur la ressemblance avec le
Hacride de Amoeba mais fort est de constater que
Gorod développe bien plus son jeu, enchaînant soli sur soli et envolées mélodiques divines à découvrir. Bien plus que des interludes donc, il s'agit bien de morceaux entiers, riches et emplis d'une histoire, malheureusement peut être trop en décalage avec le reste de l'EP. Enfin, notons l'excellente reprise de
Cynic, la culte « Textures », issue du mythique Focus. Clin d'oeil ou pas, rien de mieux pour présenter un visage plus avant-gardiste dans son art et un virage bien plus instrumental – la faute à un changement de chanteur certainement. Exécutée avec brio et portée par une production de démon, la chanson retrouve des couleurs et rappelle à tous à quel point ces salauds étaient en avance sur leur temps.
Transcendence est donc un EP de qualité qui présente un
Gorod nouveau, qui surprendra les amateurs de Process Of A New Decline. Plus expérimental, davantage tourné vers la musique – tant mieux, le chanteur ne m'a jamais convaincu – le
Gorod de Transcendence ose, risque et prend le pari de dérouter tout en ne faisant qu'annoncer l'imminence d'un album au nouveau genre. Prise de risques, réussite dans la tentative, parties de guitares à pleurer : voilà le cocktail gagnant de ce cru 2011 à dévorer d'urgence.