Darkestrah fait partie de ces groupes énigmatiques, discrets, et qui évoluent sans faire de vagues, avec une musique d’une qualité certaine. Originaires du Kirghizistan, cette entité mystérieuse est à classer auprès de groupes comme
Drudkh,
Hate Forest,
Negură Bunget ou encore Blood Of Kingu. Après un somptueux album bucoliquement intitulé The Great Silk Road, Darkestrah nous livre une nouvelle offrande, un EP du nom de Khagan. Derrière cet intitulé plutôt étrange se cache en fait une sorte de traduction du mot « empereur » ou « roi des rois » dans les langues mongoles turques. Le Khagan est représenté avec une superbe pochette qui se veut tout aussi obscure que la musique.
Seulement trois titres pour cet EP, mais ne boudons pas notre plaisir parce que ces pièces épiques sont de la plus grande qualité. Tout commence avec une dimension épique bien présente, rythmée par un Black Metal riche et travaillé, envoûteur même ! On se laisse emporter dans les méandres de la folie qui transpire de chaque ambiance. Et ce chant ! Darkestrah nous présente un chant à la fois ésotérique et possédé, psalmodiant des choses incompréhensibles sur Saga of Temudgin, mais même si on ne comprend pas, on se laisser entraîner dans cet univers inconnu. Sur ce titre, le chant n’est pas sans rappeler un certain Himinbjørg période Golden Age.
Notons aussi une attention toute particulière portée à des éléments orchestraux de grande ampleur. Et si les mots « orchestral » ou « symphonique » font dresser le poil à la plupart des blackeux, croyez bien qu’ici son utilisation est très pertinente. Les aspects épiques et solennels de la musique sont renforcés grâce à une maitrise totale du rendu qui n’entache jamais les parties purement Black.
Khagan, le titre final est une excellente illustration de ce que j’avance. Des passages instrumentaux à couper le souffle, une invitation onirique au voyage sur les terres mongoles, et pourtant, si tout semble faire partie du domaine du rêve et de la beauté, Darkestrah trompe son monde avec une violence qui se fait sentir à chaque recoin de note. On reste bel et bien dans le domaine du Black Metal.
Avec Khagan, Darkestrah va encore plus loin que dans ses productions précédentes, le groupe se lâche totalement et augmente sa qualité d’encore un cran. Il place la barre très haute avec une production qui met clairement en valeur chaque note, chaque instrument. On sent un énorme travail de composition. Khagan est un EP bourré de sentiments très forts, on y ressent à la fois la fierté, la mélancolie et le rêve. On notera aussi une grande capacité à capter son auditoire grâce à une alternance judicieuse entre les passages rapides, violents, et des passages plus atmosphériques, plus sereins. Quoi qu’il arrive, Darkestrah dévoile au cours de ces trois morceaux une richesse intense, tant dans la composition que dans l’interprétation.
Pour faire simple, Khagan aurait même mérité d’être développé sur un album complet pour laisser exploser encore plus son potentiel énorme. Malgré tout, avec seulement trois titres, Darkestrah arrive à nous tenir en haleine et il nous en met plein les oreilles avec une musique intelligente, épique et très sombre malgré tout. Quelques instruments folkloriques incrustés par-ci par-là viendront donner une dimension toute particulière à la musique du groupe pour la sublimer et asseoir toute son originalité. Chapeau bas !