Alice Cooper nous avait offert un retour fracassant en 1986 avec
Constrictor. Au meilleur de sa forme, il n'attend pas longtemps pour proposer la suite. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, Alice conserve les mêmes musiciens, dont le talentueux Kane Roberts à la guitare.
Un an seulement sépare les deux albums, et avec le même line-up, on se doute d'entrée que le propos sera le même. Et en effet,
Constrictor et ce Raise your fist and yell dont il est question aujourd'hui sont les deux albums "heavy metal" d'Alice Cooper. On est mis au diapason dès le début du disque avec un "Freedom" toutes guitares dehors et un refrain fédérateur au possible. Pas une seconde de répis, on est bien en présence d'un album de hard US typique de l'époque.
Et pourtant, Raise your fist... n'est pas une vulgaire redite de
Constrictor. Loin de l'idée de s'auto-plagier, Alice Cooper va plus loin avec ce disque. On retrouve toujours des chansons heavy aux refrains immédiats, comme "Freedom", donc, mais aussi "Lock me up", "Give the radio back" ou "Not that kind of love"; en fait, le gros de la première moitié du disque. Là où
Kiss a plus ou moins échoué avec
Crazy nights, Alice réussit son coup. Mais là où Alice fait fort par rapport à son précédent effort, c'est que l'on retrouve sur plusieurs chansons le coté shock-rock et inquiétant qui a fait la noblesse du bonhomme. "Prince of darkness" en est un parfait exemple, mélangeant le propos du Alice des années 70 avec son style actuel; et le mélange est détonnant! On était à l'époque en pleine période des films d'horreur sanguinolants à la Freddy et autres, et Alice a sû s'en inspirer, lui qui se fait guillotiner sur scène depuis des années. Quant à la chanson "Gail", elle nous ramène tout droit à
Welcome to my nightmare (1974); et pourtant, elle n'est pas hors de propos.
Raise your fist and yell est un album supérieur à son prédécesseur, car Alice Cooper est allé plus loin, à pris plus de risques. Il fait aussi plus référence à son glorieux passé. Les chansons sont plus travaillées, plus fouillées (comme "Time to kill", dont l'intro rappelle le "Keep on rockin'" de
Neil Young avant d'évoluer vers une superbe chanson bien heavy). Le disque est plus homogène.
Deux ans plus tard, Alice s'acoquinera avec Desmond Child pour donner un
Trash ultra efficace, qui touchera un public plus large mais qui est plus asseptisé. Raise your fist and yell est du coup dans l'ombre, et pourtant, il serait dommage de passer à coté d'un tel disque, qui mérite d'être bien placé dans la discographie fournie du Coop'.