Peu après avoir lavé leurs épées victorieuses du sang d’un ennemi terrassé lors des dernières batailles ayant fait rage dans leurs contrées respectives, les franciliens de
Nydvind et les hongrois de
Bornholm ont cette fois-ci décidé de chevaucher ensemble à travers ce split, qui voit le jour sous la bannière d’Ancestrale Production. Galvanisés par le succès amplement mérité de leurs dernières campagnes, et portés par un souffle conquérant plus puissant que jamais, ces deux ardents défenseurs d'un héritage païen indestructible, unissent leurs forces et livrent avec panache deux pièces de Pagan Black Metal aux senteurs sauvages et guerrières particulièrement évocatrices.
Fidèles à un répertoire classique et éprouvé, nos fiers compatriotes de
Nydvind ouvrent les hostilités de manière tonitruante avec un
Wrath and Wisdom aux atmosphères épiques très inspirées. Un court mais savoureux périple qui prend son envol sous l’impulsion d’un riff rapide et vengeur, dont la rage est décuplée par l’intensité d’une batterie fulminante mise en valeur par la puissance d’une production imposante et parfaitement adaptée. L’aspect vindicatif pré
domine, et ce en dépit des nombreuses variations parsemant les presque six minutes du morceau. C’est ainsi que les parties acoustiques donnent la réplique aux mélodies tempétueuses; que les ambiances mélancoliques et contemplatives s’obscurcissent soudain sous les nuages noirs de la colère, portant en eux la fureur d’un ciel zébré d’éclairs menaçants, et nourrissant la terre de pluies torrentielles… Une palette de contrastes brillamment restituée par des harmonies d’une maîtrise sans faille, et par un spectre vocal convoquant à la fois la sagesse et le tonnerre, qui au passage, n’est pas sans évoquer celui de notre dieu gaulois
Belenos.
Une pièce qui se déguste avec un plaisir certain, et qui ne laisse en tout cas présager que du bon quand à la teneur d’un prochain opus qui s’annonce des plus prometteurs…
Bornholm évolue quand à lui dans un registre tout aussi percutant, mais cependant plus empreint d’influences strictement scandinaves. Une aura nordique règne en effet sans partage sur cet excellent
Feast of Fire aux intonations nobles et belliqueuses. Imprégné d’un parfum de domination et enflammé par un sentiment d’invincibilité permanent, ce morceau résonne comme une épopée victorieuse, dont la fougue communicative réveille des instincts de lutte et de bravoure. Le rythme se veut rapide, symbolisant le galop d’une armée fière et invincible. Le ton est triomphant et laisse entendre l’écho des voix qui exultent une totale victoire. Froides, impétueuses et conquérantes, les mélodies portent réellement en elles l’image des temps anciens, et en dépit du souffle épique qui les habite, laissent également entrevoir un aspect onirique suprême grâce à un glaçage de claviers atmosphériques du meilleur effet.
Alors que le Black Metal aux consonances Païennes n’est plus vraiment en odeur de sainteté depuis quelques temps déjà, ces deux gardiens maintiennent la barre avec force et droiture, traduisant de manière inébranlable l’esprit insurrectionnel qui a toujours guidé leurs pas.
Rien de neuf ne sera bien évidemment décelé ici, l’expérimentation ou l’innovation n’étant absolument pas de rigueur. En revanche, le vrai amateur quelque peu noyé sous une avalanche de formations médiocres brandissant leurs glaives en carton-pâte, pourra se recentrer sur ces deux valeurs sûres avec l’assurance de savourer un art authentique et exécuté de main de maître, par des passionnés dont l’intransigeance et l’honnêteté ne sont définitivement plus à prouver. Des artisans sincères, dont le cœur brûle pour cet art noble depuis de nombreuses années, et qui eux, n’ont pas attendu qu’un quelconque effet de masse leur dicte la manière de mettre leur rancœur en musique.