La Finlande a l'art de produire des groupes à la pelle. Si la situation n'évolue pas, d'ici dix ans il y aura plus de combos de metal que de rennes en Laponie. Si certains sont irréprochables (souvent les plus anciens en fait), d'autres ne semblent être là que pour gonfler le nombre, en affichant des albums qui se ressemblent tous, clones de l'un ou clones de l'autre, à personnalité interchangeable. Et pourquoi se plaindre ? Ce genre de groupe, ça marche bien en France, où les copies sont souvent saluées avec plus de verve que les originaux.
Poisonblack glisse dans cette catégorie avec son premier album au nom imprononçable. Détail qui a son importance : il empêche de briller en société.
Pourtant, il y a un poids lourd dans le line-up du "super groupe" vu qu'il a été défini ainsi par Century Media, la maison de disque hébergeant le bébé.
Ville Laihiala, c'est pas monsieur tout le monde. C'est The Voice. Nan, pas
Glenn Hughes, mais la voix de
Sentenced depuis 1996 et mine de rien, une sacrée marque de fabrique pour un groupe qui s'était fait une seconde jeunesse et qui avait tutoyé les sommets avec lui. Bon, la base semble saine, alors pourquoi la dent est-elle aussi malade ? Parce que le gus ne veut pas que l'on pense immédiatement à
Sentenced quand on entend
Poisonblack ? L'idée fait son chemin, mais dans ce cas, pourquoi avoir fait appel à
Juha-Pekka "JP" Leppäluoto, chanteur de
Charon, combo que l'on pourrait qualifier de sous-
Sentenced ? Surtout que si Leppäluoto a un joli timbre de voix, celui-ci est surtout très proche de celle de Laihiala, la profondeur en moins.
Et là déjà, on se dit que ça commence mal parce qu'un truc ne tourne pas rond.
Surtout que musicalement, on finit par penser à
Sentenced. Comme on peut penser à Him, To Die For, The 69 Eyes voire même, sur une intro au clavier, au
Paradise Lost post-1997. Du metal gothique mille fois entendu, sans originalité, peut-être même sans âme, qui pleurniche pour être pleurnichard, qui gothise (du verbe gothiser, néologisme) en usant et abusant des clichés du genre, parce que c'est ce qu'on attend des musiciens. Finalement, un musicien comme
Shagrath (après qu'on soit passé dans les orties) a plus de couilles à sortir un album à la
Motörhead avec son projet
Chrome Division, là où on ne l'attendait pas vraiment, tandis que les musiciens de
Poisonblack jouent la carte de la sécurité.
Pire, ils en ont oublié les bases de cette musique et ne parviennent à aucun moment à y aller avec majesté. C'est creux, c'est vide. On ne ressent rien, même la nana qui orne la pochette et qui remplit les pages du livret semble déplacée. Une imagerie gothopouffe, dénuée de charmes dans une tenue aussi artificielle que le roux de sa chevelure. Une image qui reste, qui pourrait définir une bonne partie des groupes de gothique de seconde zone des années 2000, dont
Poisonblack va grossir les rangs.
C'est pas franchement moche musicalement, mais niveau émotion, il ne se passe rien. Nada. Vu la pointure des membres (deux 42 et un 43 fillette), la déception est de mise. Les fans des musiciens cités peuvent se jeter dessus, s'il mettent leur amour-propre au placard le temps de la galette, ça pourrait leur plaire sans les faire sauter au plafond. Sinon, mieux vaut se rabattre sur
Charon et
Sentenced, bien mieux foutus dans l'ensemble.