Pour beaucoup,
Deep Purple était mort après les départs/évictions de
Ian Gillan et de
Roger Glover. Après tout, le Mark II, l'incarnation préférée d'une nette majorité de fans, avait accouché de trois chefs d'oeuvres et de deux albums plus dispensables et la simple idée de voir (et surtout d'entendre) le groupe sortir une nouvelle pièce maitresse du genre était tout bonnement impensable.
Le Mark III est révélé courrant 1973. Au chant,
David Coverdale, qui avait déjà refusé ce poste quelques années plus tôt. Mais il n'avait pas réussi à percer dans la musique et l'opportunité, cette fois-ci, apparait comme une chance à ne pas laisser passer. A la basse, un certain
Glenn Hughes, qui s'était plus ou moins avec l'avant-gardiste
Trapeze. Ce dernier, outre une consommation de drogue hallucinante, manie excellemment son instrument et sait également chanter, ce qui ouvre de nombreuses perspectives.
Quand Burn parait en février 1974, les fans découvrent d'abord une pochette originale avec les visages des musiciens taillés dans la cire de bougies allumées. Et quand le disque arrive sur leurs platines, il doivent se dire qu'en définitive, quelque soit le line-up, Deep Purple reste Deep Purple. En effet, le title-track est construit sur un riff rapide qui laisse place à des orchestrations de bon aloi. Coverdale s'impose tout de suite comme un chanteur à la voix chaude et sensuelle. Un morceau enlevé, donc, idéal pour ouvrir les hostilités. Mais dès
Might Just Take Your Life, on ne se retrouve plus confronté au style habituel de la quintet. Le son se fait plus soul, aidé il est vrai par les interventions de Hughes derrière le micro. Ce dernier se fond complètement dans ce style afro-américain et vient donner un cachet supplémentaire au groupe. Coverdale, lui, montre l'étendue de son talent avec des approches plus bluesy. A ce titre, des compositions comme
Lay Down, Stay Down ou
Sail Away sont de véritables bijoux, avec un Deep Purple qui sort de ses frontières pour s'ouvrir à une culture musicale plus groovy. De fait, le jeu de
Ian Paice est sublime sur cet album. Entre le groove et les percussions, il apparait de plus en plus comme l'un des batteurs majeurs des années 70.
You Fool No One est l'un de ces autres trésors du disque, endiablé, exotique, avec un travail immense au niveau des choeurs.
Evidemment, on est loin de la fougue d'un
In Rock ou du hard rock tenace de
Machine Head. Deep Purple se découvre un nouveau son, de nouvelles capacités d'évolution. Bien sûr, on retrouve également des éléments chers au groupe, comme cet orgue Hammond au rendu particulier. Il est également difficile d'omettre l'implication de
Ritchie Blackmore. La guitare reste très présente, moins enflammée (désolé pour le jeu de mot foireux) que par le passé, mais les soli font partie des points forts de cet album. Et comment passer à côté de
Mistreated, blues monstrueux et sexy, l'une des pièces maîtresse de l'album ? Comment ne pas succomber au charme légéèrement désuet de ce genre de morceau entièrement basé sur l'émotion ? Un moment de pur frisson.
Pari osé mais pari réussi. En faisant évoluer son style en fonction de ses nouveaux membres, Deep Purple propose avec Burn un disque magnifique, un autre classique, encore un pourrait-on se dire, surpris. En quatre ans, et autant d'opus de qualité nettement supérieur, le Pourpre Profond a définitivement écrit sa légende et mérite sa place dans le panthéon du rock. Burn ? un classique, ni plus, ni moins.
(1)Ah oui ! J'oubliais !
Jon Lord avait l'habitude de dire que Coverdale se tapait tout se qui portait des jupes, donc il valait mieux planquer sa grand mère quand le groupe tournait.