Ritchie Blackmore est un personnage bien singulier. Outre le fait qu'il soit l'un des pères du hard rock avec
Jimmy Page et quelques autres, il a également un caractère très particulier. L'homme en noir n'aime pas qu'on lui discute son leadership, ce qui avait déjà coûté la place de
Ian Gillan au sein de
Deep Purple. Cependant, c'est lui qui claque la porte quand il en a assez de ne plus être écouté par ses nouveaux lieutenants au sein du Pourpre Profond.
Mais ce premier album au nom et à la pochette évocateurs (regardez la forme du château) était déjà mis en boîte avant que Blackmore ne quitte ses partenaires de Deep Purple. Pour se faire, il s'était entouré de certains membres du groupe
Elf, dont le chanteur n'était autre que
Ronnie James Dio. Qui aurait pu prédire que ce chanteur format miniature allait être révélé de ce fait, lui qui jusqu'alors trimait dans un groupe de seconde zone ? C'est pourtant ce qui se produit ici. Parce ce que ce Ritchie Blackmore's Rainbow n'est pas qu'un disque où la guitare fuse dans tous les sens, c'est avant tout une oeuvre mélodique à souhait où le petit chanteur délivre une prestation remarquable, apportant un souffle épique à l'ensemble.
Mais ne brûlons pas les étapes. Là où l'on pouvait s'attendre à des compositions racés et implacables comme Blackmore en composait par paquets pour le Deep Purple Mark II,on se retrouve avec des titres très mélodiques et pas forcément très hard. En témoignent deux superbes ballades, la planante
Catch The Rainbow et la sublime
Temple Of The King, les deux chefs d'oeuvre de cet opus. On se rend compte que ces morceaux auraient difficilement pu être joués par les anciens chanteurs du Purple, la grâce n'aurait pas été la même. Moins criard que Gillan, moins sensuel que
David Coverdale, Dio impose son timbre chaud et sa diction aux allures épiques. Il est pour beaucoup dans l'ambiance, la force que dégage ce disque.
Force ? Pourtant cet album n'est pas forcément très hard. il y a bien
Man On The Silver Mountain en ouverture qui possède un riff dur et simple, ponctué par un solo limpide et de bonne tenue, ou
Snake Charmer et son approche un peu plus funky, à l'instar de l'album
Stormbringer, mais le reste s'aventure plus dans la subtilité que dans le registre du hard rock pur. Certaines compositions laissent entrevoir de quoi le futur sera fait (le classique
Sixteenth Century Greensleeves). Des relents médiévaux se font entendre ça et là, donnant à ce disque un cachet, une certaine patine des plus intéressantes.
L'un des défauts majeur de ce Ritchie Blackmore's Rainbow, réside dans la formation même du groupe. Si Ritchie et Ronnie sont au top, le reste des musiciens, tous issus d'Elf, ne font pas le poids : rythmiques molles et sans ampleur, claviers inaudibles et pauvres. Du coup, tous les morceaux n'ont pas la capacité de s'imposer, comme la reprise des
Yardbirds Still I'm Sad qui vaut par le jeu de guitare développé et qui se retrouvera éclipsé par les version live futures. Même Man On The Silver Mountain souffre de la carence basse/batterie qui l'empêche d'en faire un classique imparable. On comprend pourquoi Blackmore remerciera tout ce petit monde à l'exception de Dio avant d'entamer l'écriture de l'album suivant.
Ritchie Blackmore's Rainbow brille par ses morceaux les plus calmes, absolument exceptionnels. Il se dégage de ce disque l'aura d'un héros de fantasy qui laisse parler ses sentiments. C'est beau, c'est pur, mais ce n'est pas encore le chef d'oeuvre que l'on pressent. Mais ce n'est plus qu'une question de temps.