Dans un shaker, versez une dose de
Slayer première époque, goût
Show No Mercy, deux doigts de
Celtic Frost des caves
Hellhammer, versez généreusement du
Venom et saupoudrez d'une touche de
Bathory. Secouez. Si le mélange ne vous pète pas à la tronche, vous obtenez
Sepultura, époque
Morbid Visions. Faisant suite au split avec
Overdose,
Bestial Devastation, ce premier véritable album jouit peut-être d'un logo mieux maîtrisé mais d'une pochette bien moche, style
Hell Awaits en pire. Bon, c'est pardonnable, le groupe étant particulièrement fauché et n'ayant pas encore les moyens de se payer un véritable artiste pour les jaquettes (ni pour se payer tous les instruments :
Igor Cavalera a joué pour la première fois sur une vraie batterie en studio, la "sienne", à cette époque, n'étant faite que de bric et de broc).
Musicalement, le résultat est à peine plus audible que pour Bestial Devastation. Le son reste très underground, très brouillon aussi, n'ayons pas peur des mots. En 1986,
Sepultura est un groupe rageur, qui déverse froidement sa colère sur des morceaux très courts, sans subtilité ni intrusions d'instruments traditionnels. Quelqu'un qui ne connait de
Sepultura que la période allant de
Arise à
Roots et les albums avec
Derrick Green au chant risque d'être vraiment surpris par la barbarie du groupe d'alors. Teinté d'occulte, la musique de
Sepultura évolue vers un thrash sans concession, tirant fortement sur le death et ayant même quelques connotations proches du black metal de
Quorthon.
Si ce disque est certainement un des maillons essentiels dans l'apparition du death metal tel qu'il l'était à la fin des années 80, il n'en demeure pas moins un album déroutant et pas franchement bon : banalité des riffs, jeu de batterie proche de l'inexistant, vocaux dégoulinant de fiel mais encore mal maîtrisés...
Morbid Visions souffre grandement de l'impulsivité de la jeunesse. Les musiciens se contentent d'envoyer la sauce le plus violemment possible, en oubliant de délivrer un solo digne de ce nom. Si certains morceaux comme
Troops Of Doom ou
Crucifixion sortent indéniablement du lot (le premier sera rejoué par le combo brésilien quelques années plus tard avec
Andreas Kisser pour un résultat encore plus probant et le second est viscéralement malsain, dans un esprit vraiment proche du black metal), le reste ne mérite pas que l'on s'arrête dessus. Certes, c'est bourrin, ceux qui apprécient quand ça rentre dans le lard pour rentrer dans le lard avec une production bien grumeleuse et underground seront comblés. Ceux qui cherchent la précision du
Sepultura post
Morbid Visions en seront pour leurs frais.
Morbid Visions est un aperçu d'une époque vite révolue pour
Sepultura, le temps de remplacer
Jairo T par
Andreas Kisser qui apportera énormément au groupe. Une époque où les Brésiliens voulaient jouer plus rapidement, plus fort, d'une façon plus extrême que de nombreux groupes qui s'étaient déjà imposés à ce moment. Une démarche proche de celle du
Sodom des débuts en somme. Pour ceux qui veulent se lancer dans l'aventure, la version remasterisée de Roadrunner propose en supplément l'EP Bestial Devastation pour un prix souvent modique. En revanche, certains pourront dire sans trop avoir à en rougir que c'est beaucoup de bruit pour presque rien.