Morbid Vision n'était pas un album capable de rentrer dans le panthéon du metal. Ou alors comme simple visiteur. Si les vigiles veulent bien le laisser entrer, avec sa tronche de délinquant juvénile. Puis c'est même pas dit qu'il aurait les moyens de se payer son ticket. Bref, c'était un départ plutôt bancal pour nos Brésiliens qui évoluaient certes dans une sphère dédiée à la brutalité, mais la brutalité n'a jamais été un gage de qualité. Quand elle n'est pas maîtrisée, elle devient vite insignifiante et c'est ce qui s'est passé avec Morbid Vision malgré une ou deux bonnes idées noyées dans le marasme d'une violence stérile.
Histoire de marquer le coup,
Jairo T est remercié et c'est
Andreas Kisser qui devient le nouveau guitariste de
Sepultura. Avec son patronyme sonnant bien germanique, beaucoup argueront que le groupe est vraiment proche de
Slayer qui se trimballe un
Jeff Hannemann. Comparaison un peu facile.
Kisser apportera à
Sepultura la musicalité qui lui manquait. Même si l'ensemble reste brutal, construit sur des bases thrash que l'on pourrait juger slayeriennes pour le côté véloce et sans concession, on appréciera cette fois-ci des constructions plus digestes, des soli éclairés à défaut d'être réellement exceptionnels. Des mélodies font également leur apparition tandis que le groupe devient ambitieux et surtout audacieux. Avec trois instrumentaux sur neuf compositions originales,
Sepultura tire un trait sur le passé. Les bases death sont toujours présentes, notamment dans la voix de
Max Cavalera, mais ce n'est plus un gargouillis odieux. Musicalement, les traces black à la
Bathory se sont également effacées, au profit d'une grandeur inattendue. Difficile de croire qu'il s'agit du même groupe. Il suffit de jeter une oreille sur la longue instrumentale
Inquisition Symphony pour s'en rendre compte. Un titre qui oscille entre sauvagerie et mélodies glauques, avec un Andreas Kisser impérial.
Seule une année sépare ce
Schizophrenia de l'abject Morbid Vision. Mais l'évolution est si fulgurante qu'elle en parait irréelle. Sans être une icône d'originalité,
Sepultura arrive à se faire remarquer (malgré un artwork toujours aussi bizarre) et devient le chef de file d'une scène brésilienne en plein essor.
Schizophrenia est un bon disque de death thrash qui s'apprécie toujours autant malgré son âge. Sans être un classique du genre, il demeure l'une des pierres angulaires d'une scène qui ne se serait peut-être jamais distinguée sans les efforts de
Sepultura. Jamais bruyant, mieux écrit que le premier album,
Schizophrenia marque le début de l'ascension du groupe vers des sommets à faire pâlir plus d'un groupe américain.