After Forever, c'est un cas de conscience pour tout chroniqueur. Le défunt groupe batave a eu deux périodes bien distinctes et s'attacher aux deux de la même manière n'est pas facile tant le fossé stylistique est grand. D'un côté, les albums récents qui présentaient une facette plus typiquement heavy de leur musique et de l'autre, les vieux albums, marqués de la patte de
Mark Jansen qui depuis est allé fonder
Epica. Et qui donc, par définition, s'avancent plus vers un registre symphonico-gothique sombre et romantique.
Donc, Decipher est dans cet esprit là. Ce n'est pas franchement difficile, il a été composé approximativement à la même époque que
Prison Of Desire et l'on retrouve une trame mélodique similaire. Avec les mêmes erreurs que sur l'opus précédent, peu ou prou. En effet, la production reste toujours un peu trop sale, pas assez claire pour mettre tous les instruments, toutes les orchestrations à leur avantage. Ici, l'accent est mis sur la guitare, le chant et le clavier, ce qui rend la section rythmique finalement très mollassonne.
Bref, pas de grosses surprises par rapport à
Prison Of Desire, sinon une facette brutale mise en avant de façon plus significative, l'efficacité proprement dite primant ici sur les arrangements. On retrouve avec un certain plaisir les duels vocaux entre la séduisante
Floor Jansen et les deux guitaristes du combo,
Sanders Gommans qui aime s'engager sur la voie du grunt et Mark Jansen qui lui préfère les vocalises typées black (avertissement : ami lecteur, fan, groupie, veau, vache, cochon... ce qui suit risque de te choquer au plus haut point), malheureusement souvent assez ridicule. Avis personnel. Il y en a qui aiment.
Floor reste toujours l'une des bonnes surprises. Découverte sur
Prison Of Desire, elle est révélée sur Decipher. Son chant reste souvent incompréhensible, mais sa technique, sans égaler celle de
Tarja Turunen (ex-Nightwish), compense largement tous les défauts d'élocution. Chant racé, chant puissant, elle sait monter dans la gamme et tenir la note avec justesse, de montrant impeccable pour déverser un flot d'émotion avec ses textes, comme sur le magistral
Forlorn Hope qui clôt l'album sur une note épique.
Mais attention, l'album n'est pas forcément très inspiré. Beaucoup de titres suivent le même schéma narratif, à quelques détails près. Ainsi,
My Pledge Of Allegiance Part II,
The Key et
Forlorn Hope forment une espèce de trilogie infernale où il est difficile de se sortir de la structure quasiment identique, avec une fin impressionnante pour les trois morceaux incriminés. D'ailleurs, il sera toujours assez difficile de reconnaitre les morceaux aux premières secondes, à part quelques exceptions près (comme le vif
Monolith Of Doubt et son riff introductif qui lorgne sur le heavy classique).
Decipher est la suite logique de
Prison Of Desire. Plutôt bon, manquant de verve créatrice pour vraiment être très bon, parfois un peu cliché, de temps en temps saoulant. Pas franchement meilleur que son grand frère, certainement pas pire. Un disque plus qu'honnête qui a permis à
After Forever de gagner plus d'un succès d'estime et de décrocher une première partie de rêve pour
Nightwish alors que les finlandais étaient les leaders incontestés de cette scène. Et pour les avoir vu sur ces dates,
After Forever était bien meilleur sur scène...