Roots succède au très bon
Chaos AD et vient avant la terrible dispute entre les frères Cavalera. Là où
Chaos AD représente le tournant vers quelque chose de plus tribal et lourd,
Roots est l'album de la rupture, entre thrash et néotribal, entre Max et Igor, entre le mythique et le passable.
Surtout qu'en plus cet album est bourré d'idées, de guests, et de bombes qui vont vous arracher les cervicales à force de headbanguer et vous briser les jambes à force de danser autour du feu avec vos copains les indiens Jivaro. Très direct et frontal, il n'y a pas à chercher midi à quatorze heures. Ici, on marie la force du métal avec l'esprit des forêts brésiliennes, à fond, vraiment, et ça marche bien. En ce sens,
Roots se rapproche du folk métal, bien sûr pas tel qu'il est pratiqué dans les fjords scandinaves ou les vallons germains, mais avec des thèmes plus angoissés qu'épiques. D'abord, c'est logique: on va pas conter des sagas de vikings dans l'Amazonie, et surtout il faut garder à l'esprit que les tribus indiennes et le "poumon de la planète" sont menacés par les nouveaux conquistadors descendus du nord.
Endangered Species et Born Stubborn prennent alors tout leur sens.
Musicalement c'est réjouissant aussi. Plein d'artistes, de tous horizons, sont venus participer à ce
Roots, le percussioniste Carlinhos Brown, mais aussi Silveria et Davis de
Korn, et notre ami
Mike Patton. D'ailleurs la présence des deux musiciens de Los Angeles donne un côté plus néo métal au disque. On trouve donc plus de riffs lourds que thrash, mais à mon avis ce n'est pas désagréable. Non, ce qu'on peut reprocher par rapport à
Chaos AD, c'est qu'il y a moins à chercher, moins de choses cachées dans les pistes. Plus fort, plus tribal, mais plus accessible, voilà ce qu'est que ce
Roots.
En ayant développé à fond les atmosphères tribales,
Max Cavalera part donc la tête haute de
Sepultura. Et on a devant nous un album très intéressant et péchu, bien qu'un peu inférieur aux précédentes productions du combo. Mais ce qui est vraiment dommage, c'est que ni dans
Sepultura avec Green au chant, ni dans
Soulfly on atteint le niveau de ce
Roots. A écouter avec intérêt d'abord, puis à réécouter avec nostalgie surtout.