On pensait
Mayhem mort et enterré, à l'instar de son (ancien) leader charismatique et bien dérangé,
Euronymous. Une entité pourrisant dans une tombe abandonnée dans le grand cimetière du metal. C'est sans compter le batteur
Hellhammer qui en 1995, décide de redonner vie au défunt groupe. Il réuni autour de lui
Maniac et
Necrobutcher, offrant le poste de guitariste à
Blasphemer. Ce dernier, déjà soupçonné d'avoir réenregistré quelques parties du célèbre (mais surestimé)
De Mysteriis Dom Sathanas, tire ici son épingle du jeu.
Wolf's Lair Abyss a beau n'être qu'un mini album long de vingt cinq minutes pour cinq titres, il n'en est pas moins angoissant et malsain. Tout commence par une introduction qui laisse place à des cuivres apocalyptiques. On imagine très bien le Jugement Dernier débouler sans crier gare et c'est ce qui arrive.
I Am The Labyrinth est tout simplement monstrueux. Entre les vocaux insupportables de Maniac et la musique monolithique et froide qui frappe l'auditeur, le malaise s'installe immédiatement. On souffre, on grince des dents. Hellhammer aligne les blast beasts avec une précision chirurgicale, véritable métronome humain, créant autour de lui un mur du son infranchissable. Blasphmer vient lui prêter main forte avec ses riffs apparemment simplistes, mais qui se collent aux rythmiques lucifériennes implacablement. Le chant est un supplice, entre les parties grégoriennes dans l'esprit qui sont calquées sur les vomissements d'un Maniac qui n'aura jamais fait aussi peur.
Ce seul titre renvoie De Mysteriis au bac à sable des disques extrêmes. Si le grand frère sortait la tête de l'eau de part sa froideur, Wolf's Lair Abyss s'illustre par son côté nihiliste et infâme, un brulot maléfique surgi de nul part, inattendu et adapté à son temps. Le chic du chic étant d'écouter cette oeuvre en noir dans une pièce close, la nuit tombée et dans un noir absolu, évidemment.
Ce Mayhem nouveau franchit une étape importe, que se soit dans le fond ou dans la forme; Le groupe a parfaitement compris que l'emballage compte autant que la musique. Derrière cette pochette monochrome et banale, la bande à Hellhammer joue sur le décorum et le livret, ressemblant à un parchemin antique, laisse place au verso à une oeuvre graphique forte et envoutante. A l'image de la musique distilée par le groupe, sombre, agressive, jouissive. Les parties mid tempos sont lugubres à souhait : Maniac s'impose avec classe, préfigurant ce qui sera le monstrueux
Grand Declaration Of War. Par un break astucieux, Hellhammer apporte des touches de vitesse et de brutalité, tandis que son chanteur crée des ambiances. Cette dualité entre les hurlements, un chant proche du spoken word et une impression plus religieuse contribue largement au climat d'épouvante gothique et inéluctable qui règne sur ce skeud.
Plus qu'une résurrection, Wolf's Lair Abyss indique une renaissance. Mayhem, tel un phénix, déploie ses ailes d'ombres sur la scène extrême à laquelle il a grandement contribué dans l'ombre. Le groupe rappelle à qui veut l'entendre qu'on peut toujours compter sur lui et que cette fois-ci, il compte bien faire parti de l'avant-garde plutôt que des suiveurs. On est encore loin de l'imagination d'un Grand Declaration Of War, mais on est déjà à des années lumières du classicisme nauséabond du Mysteriss Dom Sathanas.