On ne va pas y aller par quatre chemins : la dernière mouture d’
Opeth est une déception. Les Suédois nous avaient habitués jusqu’ici à frôler l’excellence sur chacun de leurs précédents essais. Avec son savant mélange de Death Metal et de mélodies douces et poétiques,
Opeth a toujours su rallier un public large. Alors quand quelques mois avant la sortie de cet album, Mickael Akerfeldt annonce un retour à la musique progressive des 70’s, la surprise est grande. Point de growl ou d’ambiances nauséabondes ici, mais un hommage aux combos psychédéliques du passé, notamment Pink Floyd ou Camel, une influence majeure sur cet opus.
Une fois ces éléments considérés, la démarche semble presque intéressante. Synthétiser en un album une décennie de musique, voilà qui paraît osé. Néanmoins, connaissant la formation, on peut s’attendre à un résultat de qualité. Et c’est là où le bas blesse. Car non, cet album n’a pas la classe ni la grandeur de ces prédécesseurs, à l’image de cette pochette d’album absolument kitsch et à des années-lumières de la poésie dont nous a gratifiés
Opeth jusqu’alors.
Pourtant, ce Heritage ne démarre pas si mal et on se baladerait presque en terrain connu. Un titre éponyme entièrement interprété au piano pour démarrer l’album, comme le « Prologue » de My Arms, Your Hearse. Pas foncièrement original, mais relativement efficace, surtout pour lancer l’un des morceaux-phares de cet album, le terrible « The Devil’s Orchard ». Psychédélisme, ambiance lourde, il permet de mettre en avant les qualités techniques de Fredrik Akesson (déjà aperçues sur Watershed) et surtout de Martin Mendez, dont la basse trouve une véritable consistance ici. Un titre bougrement intelligent conclu par un solo désormais incontournable, qui préfigure une suite des plus agréables. Et c’est là où
Opeth va nous tromper, nous décevoir. Car la suite n’est pas du même acabit.
Non, la suite est beaucoup plus brouillonne et bien moins articulée, comme si
Opeth avait eu un trop plein d’idées mises bout à bout, sans se soucier de la cohérence inter-titre. D’où une certaine incompréhension sur certains morceaux pour lesquels il ne sera pas indispensable de s'attarder (« Haxprocess » et sa lenteur pesante). Des titres qui ne décollent jamais véritablement et qui se noient dans des schémas souvent absurdes (« Famine » et ses multiples instruments hors de propos).
Alors oui, bien sûr, tout n’est pas à jeter. Certains plans sont même très subtils, notamment la partie blues à la Chris Isaak sur « Nepenthe », où le final épique de la très aboutie « Folklore ». Le titre final « Marrow of The Earth » est lui un vibrant hommage à Blackwater Park sorti il y a tout juste dix ans.
Mais voilà, les défauts reprennent rapidement le dessus. Et le principal, c’est le chant d’Akerfeldt. Tout en voix claire, il est souvent à la limite de la justesse et horripilant (« I Feel The Dark » ; « Famine »). Une mauvaise surprise qui fait s’interroger sur les véritables capacités vocales du leader et sur la suite de sa carrière.
Au final, ce n’est pas facile à dire, mais ce « Heritage » est très moyen. Les musiciens sont toujours aussi convaincus dans leur jeu, mais leurs compositions sont elles moins convaincantes, la faute à un manque de cohérence. Si la tentative de prise de risque est à considérer, le résultat va peut-être laisser certains fans sur le carreau. Leur histoire, elle, s’écrit au conditionnel et leur prochaine production permettra d’en savoir plus sur la suite donnée à leur carrière. En attendant, il faudra se contenter de cet Heritage. Et pour ceux que ça ne convaincrait pas, mieux vaut en rester à leurs autres albums, chefs d’œuvre de la scène scandinave.