Voilà typiquement le genre d'album dont la chronique pourrait tenir en une phrase :
Deep Purple n'arrive pas à se succéder à lui-même.
Un peu réducteur, n'est-ce pas ? Mais pourtant, c'est ce qui caractérise le mieux ce Who Do We Think We are, voire le groupe.
Fireball, entre un
In Rock ravageur et un
Machine Head époustouflant, n'avait déjà pas fait illusion : varié mais peu accrocheur, limpide mais aucunement jouissif, il fait pâle figure auprès de son aîné ou de son petit frère. Who Do We Think We Are souffre exactement du même problème.
Si l'on en croit Martin Birch, l'ambiance au sein du groupe était exécrable. Et pourquoi douter de sa parole ? Il est de notoriété publique que
Ian Gillan et
Ritchie Blackmore s'entendent comme chiens et chats, toujours prêts à se mettre sur la tronche au moindre prétexte. Et là, ils se disputaient le leadership du Pourpre Profond, de quoi envenimer considérablement la situation.. La bonne humeur qui caractérisait Machine Head en moins, où pouvait-on aller ?
Who Do We Think We Are est un album étrange, construit autour de mid tempos. Certes, il y a
Woman From Tokyo qui ouvre le bal sur une note bien rock'n'roll, hommage au peuple nippon qui avait réservé un accueil phénoménal à Deep Purple. Une prestation honnête,bien jouée, mais...
... Mais le groupe nous avait habitué depuis In Rock à ouvrir ses albums avec un morceau rapide et ici, ce n'est pas le cas. Mid tempo, mélodiquement facile, peu ouvert aux démonstrations de toute sorte, on a déjà une impression de vide, de manque par rapport à ce dont est capable Deep Purple. L'absence de duel entre la guitare et le clavier ressemble plus ou moins à une hérésie, Ian Gillan se contente du minimum syndical. Et la suite peine à rassurer. Il y a bien sûr
Smooth Dancer qui préfigure ce que Gillan fera en solo, avec ses délires jazz rock qui apportent quelques couleurs à l'ensemble, ou encore
Rat Bat Blue et ses rythmiques dynamiques qui dopent littéralement le morceau. Puis à côté, on retrouve des blues prévisible comme ce
Place In Line interminable, ou des titres étranges, comme ce catastrophique
Our Lady qui ressemble à un pamphlet anti-Blackmore.
Album inégal, mal fagoté dans le pire des cas, parfois insipide et trop rarement alléchant, Who Do We Think We Are souffle le vent du déclin pour Deep Purple et précipitera les départs de
Ian Gillan et de
Roger Glover, laissant place à une nouvelle formation qui saura apporter du sang neuf à un groupe en totale perte de vitesse. Reste un disque potable mais sans génie qui marque de façon houleuse la fin du Mark II de Deep Purple. Certains diront que ça ne peut pas être mauvais vu le line-up. Personnellement, j'avoue que l'ensemble puait le sapin.