A écouter ce CD, j’avoue avoir ressenti un certain orgueil, à la vue de ce que la scène métal française était capable de produire. D’accord, ma chérie venait tout juste de m’infliger une douloureuse séance de Canton pop, ce qui a pu altérer mon jugement voir ma raison ; mais quand même, voila une œuvre d’un modèle rare, qui ne plaira pas à beaucoup de gens mais mérite qu’on s’y attarde.
D’abord, le concept. Il s’agit d’un album uniquement instrumental, sans le moindre chant. Si l’on excepte les guitares héros à la
Yngwie Malmsteen, c’est assez rare dans le milieu du métal. Certes il y a des exceptions, et
Apocalyptica est la plus notable, mais globalement, extrêmement peu de groupes ont expérimenté le concept.
La forme ensuite. La musique est clairement d’influence celtique, tout à fait comparable à ce que l’on peut entendre au détour d’un hurlement dans
Suidakra,
Cruachan ou
Aes Dana, voir
Eluveitie. Elle est évidemment bien plus élaborée. Outre les instruments classiques du metal, clavier compris, le groupe comporte un violoniste, et Sacha maitrise (outre sa guitare) le banjo, la mandoline et la cornemuse. Celle-ci reste d’ailleurs discrète, ce qui change agréablement. Pourquoi diable les groupes revendiquant des influences celtique estiment-ils indispensable de placer dans leur compile des solos de cornemuses, laborieux et nasillards au possible ? Outre qu’ils ne s’accordent pas toujours bien au reste, le jeu est généralement d’une qualité assez médiocre, sans grand relief ; bref fait office de curiosité.
C’est d’ailleurs une tendance générale des groupes à tendance folk, de rajouter un certain nombre d’instruments traditionnels à leur lign up histoire de faire bien, et de les utiliser un peu n’importe comment, en solo ou laborieusement intégrés.
Rien de tout cela dans la musique d’
Arcas, qui nous montre qu’avec une guitare et un clavier on peut faire largement aussi bien, voir mieux. Les compositions font preuve d’un réel talent, de beaucoup de maîtrise et de confiance.
Le fond enfin. La composition en riffs à de quoi faire grincer les dents des folkloristes de pacotille qui ont pris l’habitude de nous assommer de leurs mièvreries insipides, mais elle se justifie amplement. Après tout, la musique populaire était surtout composée de ballades et d’airs de denses, et donc fortement rythmée. Quoi de plus normale donc de la greffer sur une structure de riffs ?
En outre, il faut reconnaître qu’ils sont sublimes et d’une efficacité remarquable ; notons particulièrement ceux de
Let The Journey Begin et
Gone Beyond Skie.
Leur qualité est due en bonne partie à celles des guitares, qui font véritablement un travail fabuleux ; les solos se suivent, alternent ; tantôt lent et aérien, tantôt d’une rapidité à couper le souffle ; il n’y a qu’à écouter
Into The Rhythm of Drums pour comprendre de quoi je parle.
Quand au rythme, il est tantôt sauvage et endiablé, comme dans
A night to Remember, tantôt doux et nostalgique, comme dans
A New Dawn, parfois carrément bourrin comme dans
Crossing Swords.
Il y aurait encore bien des choses à dire, mais je vous laisserais le soin de les découvrir par vous-même. Car on a le droit d’aimer ou de ne pas aimer, mais ce qui est sure, c’est qu’on est face à un ovni musicale à ne rater sous aucun prétexte. Quel est la place de la musique instrumentale dans le monde du metal ? Voila un débat qu’il est temps d’ouvrir.